27 décembre 2006
Le mythe de Thésée (partie 8.)
Musée du Louvre (480-470 avt J.C)
"Hermès"
Sans même demander son reste, Antiope prit congé de Chiron. En quittant la salle, elle jeta au jeune invité un regard en biais, puis elle ferma la porte.
Il avait toujours l’air aussi juvénile qu’à l’époque où ils s’étaient rencontrés la première fois, ses cheveux illuminaient la pièce et son regard perçant en avait déjà certainement mémorisé chaque parcelle.
Souplement, il s’installa sur la grande table et croisa les jambes d’un air entendu.
-Que viens-tu donc faire là, vieux frère, murmura Chiron, les yeux tournés vers la fenêtre.
-Je viens te rendre une petite visite amicale, vieux frère.
Il avait cette façon agaçante de reprendre les termes de celui qui s’adressait à lui afin d’embrouiller la situation et de ne pas répondre à des questions trop embarrassantes… Chiron réfréna le rictus d’énervement qui le démangeait et se tourna lentement vers Hermès… Aux yeux d’un humain, le dieu n’avait pas plus de dix-sept ans. Une jeunesse infinie… Chiron l’avait rencontré alors que lui-même avait cet âge. Et Hermès n’avait pas changé, il ne changerait jamais, immuable, éternité de chair et d’os.
-Je te connais depuis si longtemps : une telle réponse de ta part ne peut que susciter en moi que le mépris et l’indifférence. Je pensais mériter mieux qu’un triste mensonge.
Hermès eut un sourire en coin.
-En effet, je ne peux rien te cacher, cher Chiron. Je ne viens jamais aux gens par simple goût de l’amitié. En tant qu’ange (messager), je suis venu avec une mission précise qu’il me faut mener à bien.
-Un message ? Demanda Chiron, intrigué. Qui t'envoie ?
Chiron avait l'impression étrange que rien n'avait changé. Le temps semblait s'être définitivement arrêté. En quelques secondes à peine, il avait recouvré son adolescence, les sourires charmeurs d'Hermès, ses manières enjoleuses pour détourner l'attention de son auditoire, ses gestes gracieux et volubiles, son regard à la fois naïf et perçant. Il avait conservé cet art de la dissimulation, du mensonge qui faisaient de lui le dieu des voleurs, de la supercherie...
Mais Hermès savait également que ses manières ne fonctionnaient pas avec Chiron, que le centaure le connaissait trop bien, depuis si longtemps... Toute duperie était dès lors impossible.
-Disons que la personne en question ne sait pas que je me suis rendu ici... Je sais, c'est très difficile à comprendre... Je voulais voir mon neveu.
Les yeux de Chiron s'agrandirent.
-Tu le savais, n'est-ce pas, demanda Hermès. Dès que tu l'as vu, dès le premier regard, tu as reconnu mon frère ! Ces yeux, cette peau ! C'est lui tout craché ! Bon sang ne saurait mentir !
Le sourire d'Hermès était éclatant. En effet, l'ange ne s'était pas trompé. Il avait fallu à Chiron plusieurs bonnes minutes pour s'en rendre compte, mais il ne faisait aucun doute qu'il coulait dans le sein de l'académie du sang divin...
-Que vas-tu faire de lui ? Chiron, la machoire crispée regardait d'un oeil mauvais le jeune dieu.
-C'est à toi qu'il a été confié, Chiron, c'est à toi d'en prendre soin. Je ne peux pas te donner les raisons de mon frère, je ne peux te donner aucune explication excepté que je te soutiens dans ta destinée. J'ai toujours su que tu deviendrai quelqu'un d'exceptionnel, voilà que mon frère a confirmé mes soupçons...
Chiron se tourna vers le couffin, prit le bébé endormi dans ses bras, le tendit au-dessus de sa tête et murmura en le couvant du regard :
-Voici mon fils, Asclépios.
Il lança un regard de défi à Hermès qui ne répondit que par un mystérieux sourire...
A suivre...
Basileus.
22 septembre 2006
Le mythe de Thésée (partie 7.)
-L'école de Platon, Mosaïque retrouvée à Pompéi.-
Ce rayon de soleil agaçait ses paupières depuis plusieurs minutes déjà. Hippolyte s’obligea à ouvrir les yeux. La chambre, baignée de soleil exalait une bonne odeur d’huile d’olive fraîchement pressée… Au dehors, les jeunes académiciens devaient s’entraîner à la lutte…
Que faisait-il ici ? Comment avait-il pu s’en tirer vivant ? Hippolyte ne se souvenait plus que de quelques détails flous. La forêt dense et dangeureuse, les cris menaçants de créatures innommées, les ronces de plus en plus acérées et cette impression de poids sur sa poitrine au fur et à mesure qu’il s’enfonçait dans le bois… Ce n’était pas un rêve, ça avait été réel, Hippolyte en était sûr et certain, il l’avait vécu dans le plus profond de sa chair : il jeta un coup d’œil sur ses bras meurtris pour s’en convaincre.
Pourquoi une telle folie ? Le jeune garçon se souvenait également du dernier regard d’Actéon en sa direction. Un regard plein de terreur et d’incompréhension. Ce fier chasseur aussi haut qu’un arbre avait changé de couleur en suivant Hippolyte dans le bois sacré. Le jeune garçon ne lui avait pas demandé de le suivre et il avait été sourd aux suppliques de son compagnon quant à la décision de revenir sur leurs pas. Hippolyte l’avait entendu, il en était plus que sûr : son cœur avait bondi, comme si cet appel à l’aide venait du plus profond de ses entrailles. Nul autre ne l’avait entendu, et pourtant, tous les jeunes académiciens se trouvaient à ses côtés lorsqu’il l’avait entendu. Ni une, ni deux, Hippolyte s’était engouffré dans la forêt, sans aucune hésitation, entraînant bien malgré lui un Actéon rongé par l’inquiétude d’avoir trahi la confiance de son maître Chiron.
Plus ils s’enfonçaient tous deux dans le bois et plus les rayons du soleil disparaissaient, comme chassés par une brume maléfique. Les sons extérieurs étaient peu à peu étouffés, happés par une impression de mort, et bientôt nos deux héros se retrouvèrent plus seuls au monde qu’ils ne l’avaient jamais été de toute leur existence…
Mais Hippolyte n’abandonna pas, malgré les sages conseils du pédotribe. En effet, son cœur battait la chamade, comme s’il allait s’échapper de sa cage : il le sentait. Il savait que celui qui avait besoin de lui se trouvait tout près de lui, de plus en plus près… Actéon le retint par la jambe. Hippolyte se retourna afin de l’inciter au calme et de lui demander de s’en aller. Hélas, ce n’était pas Actéon qui avait attrapé sa cheville : le chasseur était en fort mauvaise posture !
Des serpents !!! Des dizaines, des centaines de serpents se trouvaient à leurs pieds, sortis des entrailles de la terre, tombant des branches des arbres qui les entouraient, s’agrippant aux ronces, aux rochers et aux troncs tout autour d’eux ! Actéon avait ses jambes et son torse complètement empêtrés par des serpents de toutes tailles, chacun plus menaçant que les autres, prêts à le mordre au moindre mouvement de sa part… Calmement, Hippolyte retira de sa ceinture le petit glaive que son père lui avait confié juste avant son départ pour l’Académie. Lui qui pensait que c’était une bien inutile décoration… Seuls deux ou trois serpents avaient commencé à retenir ses jambes : promptement, le jeune garçon les embrocha, puis se jeta au secours du chasseur dont les membres étaient gênés par d’immenses boas. Hippolyte aida Actéon du mieux qu’il put, tous deux se battirent comme des lions. Mais le pétrotribe maniait son épée avec de moins en moins de facilité et d’amplitude. Son jeune compagnon s’aperçut rapidement qu’il avait été mordu de nombreuses fois. Et alors qu’Actéon était au bord de l’évanouissement, Hippolyte le poussa le plus violemment et le plus loin possible du champ de bataille. Etrangement, les serpents répondirent à son attente en se jetant tous sur lui…
Hippolyte ne se souvenait plus de la suite. Tous les serpents en furie se jetaient sur lui, il faisait de son mieux pour les affronter… Et puis… Et puis il l’avait vu. Au milieu de ces bêtes enragées, avides de sang et de meurtre. Comment avait-il donc fait pour rester vivant ?
Au même moment, dans une autre chambre de l’Académie, Chiron faisait les cent pas devant Antiope.
-Jamais tu n’aurais du t’y aventurer, Chiron, disait-elle avec un regard sombre, empli de reproches venimeux. Est-ce que tu te rends compte que toi, un centaure, tu as pénétré un bois sacré ? Comment aurais-tu fait si tu avais été coincé ? La magie t’aurait dévoré et nous aurions tout perdu ! Pauvre fou que tu es !
-Je sais, Antiope…
-Tu le sais et pourtant tu y es allé ! La folie t’a gagné ! Je l’ai immédiatement vu à ton retour et si j’avais été incapable d’y remédier, tu serais désormais mort, tué de mes propres mains !
-Ce gamin n’est pas comme les autres, Antiope…
-Mais, je le sais mieux que toi ! Il a en lui le sang de ma reine, le sang de mes glorieuses ancêtres ! Son destin ne pouvait en aucun cas être banal !
-Te rends-tu compte qu’il a entendu son appel ? Lui et personne d’autre ?
Chiron, en prononçant ces paroles se tourna vers sa table de travail. Dessus était posé un couffin en osier dans lequel dormait un bébé. Le centaure observa l’enfant dont la tache de naissance en forme de flèche barrait la poitrine.
-Effectivement, le gamin est hors norme, mais celui-ci ne m’a pas l’air mal du tout non plus.
Cette voix ! Chiron se retourna vers la porte d’entrée, comme foudroyé par la stupeur ! Lui ici !! Les cheveux roux et aussi ardents que la braise ! Les yeux plus verts qu’une émeraude ! Les taches de rousseur telles une carte du ciel ! Hermès !
A suivre.
Basileus.
06 mai 2006
Le mythe de Thésée (partie 6.)
Scène de palestre : discobole, pédotribe, athlètes
amphore à figures rouges (vers 515 av. J.-C.)
Paris, Musée du Louvre G 42
Chiron était assis, seul. Hippolyte venait de le quitter, accompagné d'Actéon, le chasseur aux loups afin de découvrir l'Académie... Le gymnase, situé à plusieurs lieues des fortifications d'Athènes respirait le calme et le silence. Chiron sourit. Un sanctuaire... C'était le seul lieu qu'on avait accepté de lui laisser, lui, le centaure errant, le monstre rejeté de tous, le seul lieu que les hommes fuyaient.
L'Académie était un sanctuaire honorant le héros Akadémos, c'était donc là précisément que se trouvait un bois sacré... Les hommes redoutaient plus que toute autre chose les bois sacrés, et ils avaient bien raison. Ils étaient les derniers lieux de Grêce où la magie régnait en seule maîtresse : c’était le repère des satyres, des chimères et autres animaux monstrueux. Ils y retrouvaient leur vraie nature, poussés par la magie qui s’infiltrait par tous les pores de leur peau. C’était d’ailleurs pour cette raison que Chiron n’osait y entrer, tout le monde le savait : la vraie nature d’un centaure était de tuer tout ce qui entravait son chemin. La porte s’ouvrit avec grand fracas et sortit Chiron de sa méditation. Une femme entra. Des cheveux longs et frisés, noirs comme le jai encadraient un visage aussi blanc que la neige. Elle était vêtue d’une courte jupe de cuir et portait à son épaule un carquois d’où dépassaient des flèches dont les plumes avaient été prélevées sur le dos d’un paon. Ses yeux métalliques se posèrent sur Chiron.
-Antiope. Que me vaut l’honneur ? Demanda le centaure.
-Qui est ce jeune garçon qui visite l’Académie accompagné d’Actéon le chasseur ?
-Il est le jeune prince d’Athènes, fils de Thésée, il a pour nom Hippolyte.
Chiron savait précisément quel effet sur l’Amazone une telle phrase pouvait avoir. Elle retint son souffle et ne parut pas ciller, mais Chiron n’était pas dupe. Antiope, la fière Amazone venait de retrouver le fils de sa reine bien aimée, le seul homme en qui coulait le sang des cavalières des steppes nordiques.
Au même moment, au bout de l’Académie, le cri du chasseur Actéon se fit entendre, suivi de près par ceux des élèves présents. Chiron et Antiope coururent à eux. Qu’était-il donc arrivé ?
Près de l’entrée du bois sacré, les deux pédagogues trouvèrent un groupe d’élèves amassés tout autour d’Actéon, la tête en sang.
-Actéon ! Que se passe-t-il donc ? Qui t’a blessé ainsi ? Où est le jeune Hippolyte ? Demanda Chiron en examinant son jeune ami.
Actéon eut juste le tempsde murmurer qu’Hippolyte se trouvait dans le bois sacré avant de s’évanouir sous la douleur.
Comment en étaient-ils arrivés là ? Hippolyte regarda autour de lui. Rien y faisait, il était bel et bien perdu dans la forêt magique... Le jeune garçon regarda autour de lui... A perte de vue s'étendaient des feuillages et des ronces acérées, les arbres étaient si touffus qu'on avait l'impression d'être en pleine nuit. Au loin, des bruits d'animaux... Hippolyte était pourtant persuadé de ne pas avoir rêvé : cette louve l'avait bien attiré à elle! C'était bien elle qui l'avait entraîné dans ce bois!
Quelle ne fut pas la surprise du jeune prince lorsqu'il entendit au loin des plaintes de bébé... Prenant son courage à deux mains, Hippolyte accourut au bruit, déchirant ses jambes, ses bras et son visage au contact des ronces... En s'enfonçant dans les profondeurs de la forêt, le jeune garçon arriva bientôt à l'entrée d'une clairière. Néanmoins, l'atmosphère y était de plus en plus irrespirable, ce qui obligea Hippolyte à arrêter sa course effrenée pour reprendre son souffle. Lorsqu'il releva la tête, il remarqua sur un lit de fougères des langes qui dépassaient... L'enfant se trouvait là! Hippolyte approcha... Tout d'un coup, une masse tomba le long de son dos! Un serpent gigantesque, aussi large que le torse du prince l'enserra tel un étau de fer, et bientôt des dizaines et des dizaines d'autres serpents le rejoignirent, rampant, sifflant et crachant, prets à bondir sur Hippolyte s'il esquissait le moindre geste... Le python serra encore plus fort son étreinte, et bientôt le jeune garçon eut le souffle coupé. Des dizaines de serpents s'étaient enroulés à ses jambes. Et moins il respirait facilement, plus sa vision devenait floue...
Au moment où il allait s'évanouir, avant qu'un voile de nuit ne recouvre ses yeux, Hippolyte crut apercevoir...
A suivre...
Basileus
Le mythe de Thésée (partie 5)

Minerve et le Centaure, entre 1445-1510 par Botticelli
N’appartenir à aucun peuple, toujours rester seul, le pouvoir du sang.
« Cette douleur d’être rejeté, mon petit-fils est en train de la connaître et je ne l’accepte pas. » Egée lui avait parlé les yeux dans les yeux, comme il savait si bien le faire, comme il avait toujours su le faire… Le vieillard aux cheveux argentés avait gardé les mêmes yeux azurs de l’enfance. Le temps avait craquelé la peau couleur miel, la voix s’était enrouée, le corps était devenu frêle, prêt à se briser.
Plus que tout autre, il connaissait la répugnance des grecs envers ceux qui n’étaient pas originaires d’Hellas, leur patrie. Les barbares (ceux qui ne parlaient même pas grec), les métèques (ceux qui s’étaient exilés sur cette terre qui n’était pas la leur) et même ceux qui n’avaient qu’un seul parent grec étaient considérés comme des sous-êtres. Et il savait parfaitement que le fils de Thésée dont la mère était une barbare devait être très mal vu par la population athénienne…Et pourtant aurait-il le courage d'affronter une nouvelle fois le regard des autres, lui qui depuis si longtemps s'était retiré du monde des hommes ? Bien sûr, nombreux étaient ceux qui le respectaient aujourd'hui, mais il savait mieux que quiconque que les amis d'hier pouvaient devenir les ennemis de demain...
Chiron effleura de son index la cicatrice en forme d'étoile qu'il aborait, tout juste à côté de son coeur. Il avait failli mourir ce jour-là, sur le champ de bataille. Le centaure se souvenait encore du regard du seul ami qu'il n'avait jamais eu. Au-dessus de lui, sa tête auréolée d'une chevelure incadescente, ses yeux vert,s noyés par les larmes et le sang de leurs ennemis et ses incroyables tâches de rousseur réparties de telle manière que l'on avait devant soi une carte des constellations éclairant la nuit. Des siècles avaient passé, mais rien n'était différent.
-Pourquoi moi ? Thésée le législateur ne veut-il pas un autre pédotribe pour son fils ?
-Savais-tu qu'il y a encore de nos jours des athéniens qui me surnomment « le sage » ? Je sais qui a été ton maître et je refuse que mon petit-fils soit éduqué par un incompétent.
Egée avait souri en prononçant cette phrase. Oui, bien sûr, il s'était renseigné à son sujet... Mais comment avait-il pu savoir un tel secret ? Comment avait-il pu trouver le nom de son maître ? Des souvenirs remontaient aux yeux du centaure. Son maître... L'archer qui porte au loin... Celui qui lui avait tout appris : le tir à l'arc comme la médecine, l'art du combat comme celui de la sagesse... C'était là qu'il l'avait rencontré pour la première fois... Ses cheveux roux étaient encore plus flamboyants et ses tâches de rousseur étaient encore plus prononcées... Lui aurait accepté à coup sûr. C'était peut-être pour cela que Chiron avait été favorable à la proposition du vieux roi...
Désormais, il était en train d'observer l'enfant en silence. Né d'un athénien et d'une amazone, l'enfant ne manquait pas de vigueur et de coeur. Il y avait quelque chose en lui qui différait des autres. Chiron le ressentait au plus profond de lui-même, mais était incapable de le nommer. Etait-ce son regard franc et implacable ? Etait-ce sa façon de se tenir, droit, sans broncher ? Ou était-ce plutôt cette aura qui se dégageait de lui et qui lui conférait une toute autre dimension ? En tout cas, le centaure apprécia l'enfant dès la première seconde.
-Hippolyte, je te présente ton nouveau pédotribe, le centaure Chiron, dit Egée, au fond de la salle.
-Grand-père, qu'est-ce qu'un centaure ? Demanda l'enfant alors même que son pédagogue le poussait à se taire.
-Le peuple des centaures est très réputé à travers tout Hellas, mais tu as devant toi l'un des plus illustres. Chiron est le frère de Zeus, le roi des dieux.
Il eut un léger rictus. Il détestait que les gens lui rappellent son ascendance divine. Car lui aussi, au même titre qu'Hippolyte, était un bâtard. Le fils d'un dieu (Cronos) et d'une mortelle... Son apparence physique l'avait condamné à être rejeté des hommes et des dieux mais c'était son sang qui l'avait condamné à être rejeté par les centaures. Chiron depuis son enfance était destiné à être solitaire.
Mais il passa outre les douleurs du passé. Les présentations faites, il ne restait plus au centaure qu'à conduire l'enfant à l'Académie...
A suivre.
Basileus.
Tempera sur bois exposée à la Galleria degli Uffizi de Florence
(merci au site http://www.mythesgrecs.com/ pour l'image.)
Le mythe de Thésée (partie 4.)
Laodamos, le jeune esclave Thrace le savait mieux que personne : à l'Erechthéion, palais d'Athènes, le meilleur endroit pour connaître les dernières nouvelles de la cité, ainsi que les rumeurs qui la parcouraient se trouvait être les cuisines royales. Arétè, la cuisinière faisait venir des alentours les marchands ambulants les plus réputés de Grêce, mais également les plus bavards... Ils arrivaient tous au lever du soleil avec leurs charrettes traînées par des boeufs lourds, et tout en déposant leurs cargaisons, ils confiaient à l'esclave les derniers secrets sont ils avaient été les témoins... Laodamos n'était pas en reste! Il se précipitait chaque matin pour offrir son aide aux paysans, tout en tendant une oreille attentive...
Ce n'était pas que le jeune homme se sentait particulièrement éloigné du monde citadin, mais en tant que pédagogue, il devait se tenir au courant de l'actualité de la Cité...
Et tandis qu'il déchargeait les sacs de raisin lestés de figues, les tonnelets d'olives fraîches ainsi que les fagots de blé doré par le soleil, le jeune homme repensait au jour de sa venue au palais, alors qu'il venait tout juste d'être vendu par son ancien propriétaire. Il avait quinze ans, et était esclave depuis sa naissance...
Les couloirs du palais étaient immenses, des fresques monumentales ornaient les murs. Elles représentaient les origines d'Athènes, la déesse Athéna y offrait un rameau d'olivier au roi mythique fondateur de la cité, Kékrops, le roi-serpent.

Cratère, 410 avt J.C. (Athèna offre l'olivier à Kékrops)
Mais tout ce qu'il avait vu, c'était cet homme aux cheveux d'argent et à la toge brodée de fils d'or. Si grand, si imposant... Laodamos aurait préféré disparaître sous terre plutôt que cet homme ne le regarde... Pourtant, ce fut ce qu'il fit. Egée, l'ancien roi d'Athènes, venait de lui confier à lui, petit esclave qui parlait grec d'un ton hésitant, une tâche de confiance : pédagogue (accompagnateur) de son petit-fils, Hippolyte, prince de la Cité d'Athènes.
Hippolyte, à cette époque n'était pas plus grand qu'un petit chien et il en avait d'ailleurs adopté le comportement... A quatre ans, le gamin échappait à toutes ses nourrices, se faufilait à travers les pièces du palais qu'il connaissait et se sauvait seul au milieu de la foule des pélerins qui montaient chaque jour sur l'Acropole. Quand ce n'était pas avec des chiens ou des chats errants, il se bagarrait avec des enfants pauvres et rentrait les joues en sang et les vêtements en lambeaux. Et alors que cette situation était embarrassante pour un enfant de citoyens, elle devenait plus qu'intolérable pour le fils du roi... Combien d'heures Laodamos avait-il passé à rechercher le prince? Combien de fois s'était-il rongé les sangs en s'apercevant de la nouvelle disparition d'Hippolyte? Et pourtant, deux ans plus tard, le jeune esclave avait conservé son poste de pédagogue...
Il était vrai que Thésée n'avait que peu de temps à accorder à son fils, tout son esprit étant tourné vers la constitution athénienne qu'il était en train de fonder. De même, Egée, bien que se sentant très concerné par l'éducation de son petit-fils, ne pouvait lui consacrer que quelques tours de clepsydre, pas plus. Hippolyte se retrouvait donc le plus souvent confronté à lui-même, perdu dans les couloirs trop grands de l'Erechthéion, n'ayant de vraies relations qu'avec les exclaves qui s'y afféraient... Mais ce qui dérangeait le plus le jeune pédagogue étaient les rumeurs qui parcouraient la Cité, à propos du prince. Les citoyens et les autres n'hésitaient pas à dire que l'enfant, né d'une mère barbare n'avait pas sa place au sein du palais. En effet, comment un barbare pourrait-il être un jour apte à gouverner une des cités grecques les plus prestigieuses? Laodamos préférait serrer les dents et ne rien dire : comment un esclave aurait-il pu élever la voix?
Après avoir écouté les derniers ragots, Laodamos se hâta vers la chambre du jeune enfant. Ce matin-là, Egée les avait convoqués tous deux dans la salle du trône, ce qui inquiétait le jeune exclave, étant donné qu'il n'en connaissait pas la raison...
Ils se rendirent dans l'immense salle le plus rapidement possible, tous deux intrigués par la mystérieuse convocation d'Egée... Au milieu de la pièce, entre de gigantesques collones, sur le trône chryséléphantin (d'or et d'ivoire) de la cité, Thésée était assis, son père Egée se tenant debout derrière lui.
- Hippolyte, tu viens d'avoir 6 ans, commença Egée (Laodamos baissa la tête et recula d'un pas, derrière l'enfant), Laodamos, ton pédagogue s'occupe bien de toi, mais nous avons discuté longuement à ton sujet avec ton père. Nous en sommes arrivés à la conclusion qu'il était temps pour toi de recevoir une éducation digne de ce nom. (Le jeune esclave sourcilla. L'éducation d'un enfant débutait à l'âge de sept ans, lorsqu'il quittait le gynécée... Mais Hippolyte n'avait pas été élevé par sa mère, ceci expliquait cela.) Ton père, Thésée, m'a laissé choisir la personne qui, à mes yeux, serait le meilleur pédotribe (enseignant)... Et la voici.
De l'autre côté de la pièce, les portes cyclopéennes s'ébranlèrent dans un fracas assourdissant. Laodamos n'osait pas lever la tête puisque personne ne lui avait demandé, mais ses oreilles étaient grandes ouvertes. Le bruit ne cessa pas, des pas lourds se rapprochèrent, comme si cette personne montait à cheval dans la salle du trône! L'esclave leva un oeil, mais ne put apercevoir que l'enfant. Hippolyte, les yeux écarquillés avait reculé, d'horreur et était en train de serrer la tunique de son pédagogue aussi fort qu'il le pouvait! Laodamos, sans en recevoir la permission leva la tête... Il faillit tomber à la renverse.
Devant lui, l'homme était gigantesque: des cheveux noirs comme les plumes d'un corbeau, une vilaine cicatrice avait épargné son oeil gauche dont la pupille était aussi rouge que le sang, mais divisait le sourcil qui l'encadrait en trois traits brousailleux. Son torse était nu, une autre cicatrice, en forme d'étoile, désignait pratiquement l'emplacement du coeur et ses bras musculeux étaient gigantesques, prêts à écraser la tête de celui qui le contredirait... Mais le pire était que cet homme n'avait pas de jambes!! A la place, le corps ferme d'un cheval de trait à la robe noire et brillante! Un centaure!!!
A suivre.
Basileus.
Le mythe de Thésée (partie 3.)
Pasiphaé, Ariane, une servante, Dédale, Icare.
Au pied du trône de la reine, Éros décoche une flèche ...
vers la tête du taureau. Fin du IIe s.
-début du IIIe s. ap. J.-C-
A cette époque, au delà des mers, s’étendait un royaume plus riche et plus puissant que les cités grecques réunies. On disait que les rues y étaient pavées d’or et que ses habitants étaient devenus immortels à force de se nourrir de nectar et d’ambroisie. La Crête était à cette époque si prospère que les dieux eux-mêmes devaient s’incliner devant son roi, le grand Minos. Fils de Zeus, il avait revendiqué le trône de la Crête quelques années auparavant en même tant que ses frères, Rhadamanthe et Sarpédon. Et, pour obtenir ce qu’il désirait, Minos décida de s’allier au dieu le plus puissant qui résidait à l’époque sur Terre : Poséidon, l’ébranleur des sols, le maître des océans. Ainsi, le jeune héros demanda au dieu son plus beau taureau afin de le sacrifier en son honneur.
Et Minos fut couronné roi de la grande terre de Crête. Poséidon, de son côté, fit naître de l’écume un taureau blanc. La bête était si grande, si impressionnante et si belle que Minos se prit d’admiration pour elle et refusa de la tuer.
Poséidon, l’ébranleur des sols se mit dans un état de rage au-delà de toute limite. Il décida de se venger de la trahison de Minos :
« Ce taureau est le symbole de ta déloyauté envers moi-même et c’est par lui que tu seras perdu ! » Par cette phrase, le dieu des océans maudit le roi de Crête et scella son destin.
Dans un élan de folie, la reine Pasiphaë s'éprit d'amour pour le taureau blanc. Elle ne pouvait passer un jour sans aller admirer la superbe bête. Et lorsque ses yeux venaient à se perdre dans ceux du taureau, lorsque ses mains venaient à effleurer la robe d'ivoire soyeuse et lorsque ses lèvres venaient à désirer un contact, la jeune femme sentait dans le bas du ventre une chaleur intense, inconnue qui la rendait folle. Tout son être était porté vers le taureau, plus rien ne l'intéressait, plus personne...
Une nuit, drapée dans un long manteau, elle sortit furtivement du palais et alla trouver le seul homme au monde capable de l'aider : Dédale, celui que l'on surnommait "l'artisan habile". De folle rumeurs couraient sur lui, il était si ingénieux, disait-on, que les statues qu'il créait pouvaient se mouvoir d'elles-mêmes. Mais les gens avaient peur de lui. On racontait que lorsqu'il vivait encore à Athènes, il possédait un atelier de créateur avec son neveu Talos. Mais Talos était encore plus ingénieux que son oncle (à vingt ans à peine, on lui attribuait l'invention de la scie et du tour de potier.) Alors, Dédale, craignant d'être supplanté par son neveu et élève le précipita du haut de l'Acropole et fut condamné par l'Aréopage (le conseil du roi de la cité.) Dédale s'exila avec son fils Icare, alors âgé d'à peine quelques mois, en Crête.
Pasiphaë supplia Dédale de l'aider, et Dédale accepta devant l'originalité du projet : aider à l'union entre une femme et un taureau. Pendant des semaines, l'architecte travailla sans relâche sur le projet. Bien sûr, il ne connaissait pas l'identité de cette femme mystérieuse, mais peu lui importait car il avait été touché (d'une part par la bourse pleine d'or qu'elle lui avait offert, mais également par cette détresse qu'elle avait au fond du regard.)
Puis, au bout d'un mois, la jeune femme revint, toujours drapée dans son long manteau qui cachait une partie de son visage... Dédale avait fini par trouver le moyen de rendre possible l'union monstrueuse : il avait construit une vache en bois, sur laquelle il avait déposé la peau d'une vache morte. A l'intérieur, il y avait assez de place pour qu'une femme s'y insère, à quatre pattes. Ensemble, de nuit, ils se rendirent avec la vache issée sur le char de dédale dans l'enclos où se trouvait le taureau... Et l'union maudite eut lieu. La vengeance de Poséidon.
Et Pasiphaë tomba enceinte du taureau. Elle mit au monde le fruit de son adultère monstrueux, un être mi-homme et mi-taureau, celui que plus tard l'humanité connaîtrait sous le nom de "minotaure"...
Minos, qui était un roi sage, sut à l'instant même que ceci était l'oeuvre du dieu des océans et que tout était dû à sa seule négligence. Il ne blama pas sa femme, mais contraignit Dédale l'architecte à construire un lieu où enfermer le minotaure qui au fil du temps se montrait de plus en plus violent. On se rendit bientôt compte que le monstre allait jusqu'à se nourrir de chair humaine!
Les travaux de Dédale durèrent plus d'un an. Il fallait construire un bâtiment facilement reconnaissable de la population, où l'on ne pouvait entrer comme on voulait et où la probabilité de tomber face à face avec le Minotaure était quasiment nulle. Il inventa le labyrinthe où les murs se perdaient à l'infini dans des circonvolutions compliquées et d'où l'on racontait qu'il était absulement impossible de s'en aller. Minos, qui se méfiait de la vénalité de Dédale décida de l'y enfermer avec son fils de vingt ans, Icare, ainsi que le minotaure. (peut-être espérait-il que les deux hommes se fassent dévorer par le monstre...) Quoiqu'il en soit, Dédale n'était pas surnommé "l'artisan habile" pour rien. Il inventa pour lui et pour son fils un moyen de quitter le labyrinthe...
En voyant les oiseaux libres, au-dessus de leurs têtes, Dédale eut l'idée ingénieuse de construire pour son fils et lui-même des gigantesques ailes dont les plumes étaient maintenues par de la cire. C'est ainsi qu'Icare et lui purent se sauver de leur prison, avant de pouvoir être dévorés par le minotaure. Mais Icare était un jeune homme plein de fougue et de fierté. Et tandis qu'il volait aux côtés de son père, effleurant presque les nuages qui parcouraient le ciel azuré, il se prit pour un dieu et voulut monter encore plus haut. Alors que Dédale le sommait en vain de revenir auprès de lui, Icare s'éleva dans les cieux, voulant défier le soleil lui-même... Bien mal lui en prit, car le divin astre le mordit de ses rayons de feu. La cire des ailes du jeune homme fondit et Icare tomba à terre. Tel fut le prix payé par Dédale de sa trop grande ingénuosité...
Les années s'écoulèrent alors comme l'eau d'une clepsydre...
A suivre.
Basileus.
Le mythe de Thésée (partie 2.)
Art attique. Agrigente. Attribué au Groupe de Polygnotos, dinos à figures rouges :
Thésée et les Amazones
Vers 470 - 450 avant J.-C.
Londres, British Museum
Thésée, fait prisonnier avec ses hommes sur le champ de bataille fut amené de force au chef des barbares en tant que stratège des Grecs... Accompagné de deux guerriers barbares en casque et en armure, le jeune homme se présenta dans la tente de son vainqueur... Quelle ne fut pas sa surprise quand en entrant à l'intérieur de la tente il vit sur le trône des Barbares... une femme! Assise dans une position lassive, les pieds nus, les chevilles couvertes de bracelets en or massif et des jambes dorées comme un soleil couchant... Sa robe blache flottait autour d'elle, légère comme une brise, attachée au moyen d'une seule ceinture, une ceinture d'or et de pierreries. Son cou long et fin était paré de colliers d'or et de rubis: sang et or... Elle le regardait, dans le silence le plus complet, son regard le brûlait tant il était intense... Ses yeux, ses yeux couleur du ciel, bleus comme la mer qu'avait quitté le jeune homme. Froids et tranchants comme le fil d'un glaive. Ses cheveux, du même or que sa ceinture s'étalaient en lourdes boucles métalliques sur sa poitrine généreuse.
"Sois le bienvenu, noble chef des peuples grecs." Elle avait un fort accent, mais au contraire de ses congénères, elle conaissait le grec.
Les deux guerriers se présentèrent à leur reine et enlevèrent leur casque... Des femmes aussi!! Thésée ne broncha pas malgré sa grande surprise.
"Tu es étonné d'avoir été vaincu par des femmes ? Demanda-t-elle, amusée, tandis que ses deux compagnes se plaçaient derrière le trône. Nous sommes le fier peuple des Amazones."
Elle lui raconta qu'elles venaient du Nord, d'un pays où la nuit était parfois plus longue que le jour, où le soleil était aussi froid que la lune et où la terre se couvrait souvent d'un manteau aussi blanc que le tissu de sa tunique. Depuis des siècles, ce peuple de femmes guerrières vivait et luttait contre le monde figé des hommes. Au lieu de filer et de tisser, elles apprenaient dès le plus jeune âge à tirer à l'arc, au lieu de se taire et d'être soumises, elles combattaient à l'épée. Le passage à l'âge adulte consistait en un rite ancestral: afin de pouvoir tirer à l'arc avec plus de précision, les Amazones devaient faire le sacrifice d'un de leur sein. Les hommes étaient considérés non pas comme des égaux, mais comme des reproducteurs, permettant ainsi à la race de Amazones de perdurer dans le temps...
Après cette rencontre, Hippolyte insista pour que Thésée lui rende visite chaque jour. Son épée lui fut rendue, et ses hommes furent traités le mieux possible. Ensemble, la reine et le jeune prince allaient longuement se promener. Tandis qu'elle lui racontait les moeurs et coutûmes de son pays, il n'avait de cesse de lui parler de la mer. La mer, si bleue... Les yeux d'Hippolyte qui l'observaient... Si bleus... L'océan... Trézène, la cité des marins... Et les yeux d'Hippolyte... Le voyait-elle comme un être inférieur, comme lui avait pu voir autrefois les Barbares ? Il n'en avait pas l'impression, pourtant... Il y avait toujours cette douceur dans ses yeux quand elle le regardait. Et quand il y pensait, une étrange chaleur l'envahissait et son coeur se mettait à battre fort...
Les mois passèrent ainsi que les batailles qui faisaient rage à l'extérieur. Et Thésée, aveuglé par la beauté d'Hippolyte ne se rendit bientôt plus compte du temps qui passait. Ils tombèrent amoureux et s'unirent. Hippolyte tomba enceinte.
"Très cher Thésée, lui dit un jour Hippolyte. L'enfant que je porte en moi est un symbole de paix. Je veux que cesse entre nos deux peuples un conflit qui dure depuis trop longtemps. Signons un traité de paix, en hommage à notre amour." Et c'est ainsi que la paix fut signée entre les Grecs et les Barbares.
Mais l'union d'Hippolyte et de Thésée était fragile. En effet, le peuple des Amazones était un peuple de femmes. Si par malheur l'une d'elle donnait le jour à un enfant mâle, celui-ci devait être sacrifié à leur déesse protectrice, Artémis, la vierge chasseresse. C'était pour cela qu'Hippolyte se rendait chaque jour, accompagnée de Thésée sur l'autel dédié à la déesse pour prier. Elle devait accoucher d'une fille, il le fallait à tout prix! Hélas... Malgré les nombreuses prières, malgré les offrandes à Artémis, le jour de l'accouchement, Hippolyte constata qu'elle était la mère d'un très bel enfant mâle. Les Amazones se réunirent afin d'organiser le sacrifice.
Pendant ce temps, Thésée, dévasté par la douleur du sacrifice prochain de son fils, se rendit sous la tente d'Hippolyte. La jeune mère tenait contre son sein le jeune enfant, endormi.
"Mon très cher Thésée, toi que j'aime comme je n'ai jaimais aimé, je contemple le fruit de notre amour... Pourquoi suis-je obligée de l'abandonner ? Pourquoi dois-je le remettre entre les mains d'Artémis, lui qui est en sécurité entre les miennes ?" Et tandis qu'elle parlait, ses yeux bleus comme la mer se noyait de larmes. "Je ne veux pas qu'il meure! Je ne veux pas!" De son côté, Thésée lui aussi pleurait à chaudes larmes devant cet enfant si fragile qui dormait dans le sein de sa mère. "Part. Prends-le avec toi, et partez!" Hippolyte déposa son fils entre les bras de son père, désespérée. Elle l'embrassa une dernière fois et Thésée quitta de nuit le campement des Amazones, son fils dans les bras, le coeur lourd...
A suivre...
Basileus.
Le mythe de Thésée... (Partie 1)

De tous les rois qui existaient, à l'époque où la Grèce n'était encore qu'une terre déchirée entre de puissantes cités, Egée, le roi de la très prospère Athènes, était considéré comme le plus sage. Il était redouté de tous et tous l'admiraient. On l'avait surnommé "le roi-stratège."
En tant que stratège, Egée avait besoin d'alliés. Athènes avait besoin d'augmenter sa puissance afin de rayonner dans le monde grec. Pour cela, il devait s'allier à la cité de Trézène qui jadis avait brillé dans la Grèce entière et qui se trouvait de l'autre côté du golfe Saronique, en face de la cité d'Athéna. Le sage Egée décida de s'allier au roi de cette cité. Et ainsi, celui-ci s'unit à la douce Aethra, la princesse de Trézène. De leur union naquit un enfant... Egée, qui entre temps était tombé éperdument amoureux d'Aethra ne pouvait hélas se résoudre à se marier avec la princesse d'une cité déclinante. Il décida d'un compromis...
"Je laisse derrière moi mon épée et mes sandales que je vais cacher sous le plus gros rocher qui se trouve sur la terre de Trézène. Ne révèle pas à notre fils mon identité avant qu'il ne soit capable de récupérer mes affaires." Ainsi parla le sage Egée qui repartit le lendemain pour sa divine cité...
Quinze longues années passèrent sans que le jeune Thésée fut capable d'ébranler le rocher. Chaque jour, il se rendait auprès du monument et chaque jour, il s'efforçait à déplacer le roc. Chaque jour, il revenait auprès de sa mère les mains en sang. "Abandonne mon très cher fils, et nous vivrons heureux tous les deux sur la bonne terre de Trézène..." Mais le lendemain, le jeune homme repartait, comme appelé par un destin plus grand... Et puis le jour arriva où il put déplacer la montagne. Ses trophées à la main, il revint auprès de sa mère qui dut alors s'avouer vaincue : Thésée était le digne fils d'Egée. Son destin n'était pas à Trézène, mais sur le trône d'Athènes.
C'est ainsi que le jeune Thésée quitta sa terre natale pour rejoindre son père et faire valoir ses droits sur le royaume d'Athènes. Il prit le chemin d'Athènes par la voie de terre, la plus dangereuse, où la pire vermine résidait. Au brigand Procuste qui attirait les pélerins et leur coupait les deux jambes, Thésée coupa la tête. De même, Sciron, le criminel qui laissait tomber les voyageurs du haut d'une falaise, Thésée le poussa par-dessus bord et ses os devinrent la falaise qui porte son nom. Enfin, le cruel Sinis, de la main du juste Thésée, mourut de la torture que lui-même avait inventée : ses membres furent attachés aux branches de deux pins dont les cimes avaient au préalables été rapprochées et Sinis finit écartelé une fois que les arbres furent libérés.
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Ainsi, le jeune Thésée arriva à la grande cité d'Athènes où il se fit reconnaître par son père. A cette époque, le sage Egée était en proie au désespoir. Au nord de la Grèce, toutes les plus grandes cités s'étaient alliées contre les invasions barbares qui alors faisaient rage. Mais les barbares arrivaient toujours plus nombreux, et plus assoiffés de sang, tandis que les Grecs commençaient à perdre courage devant tant de sang versé... Le jeune Thésée, plein de l'ardeur de la jeunesse proposa à son père vieillissant de partir au front. "Si je parviens à repousser l'ennemi, alors je deviendrai le roi d'Athènes." Dans la fougue de son jeune fils, le sage Egée vit l'espoir des Grecs et décida d'accepter ce marché.
C'est ainsi que le fougueux Thésée partit une nouvelle fois à l'aventure, suivi d'une armée de jeunes hommes choisis parmis la noblesse athénienne. Arrivés aux confins de la Grèce, où les paysages étaient plus vastes que dans leurs rèves les plus fous et où le ciel semblait plus haut que les plus hautes montagnes de Grèce, les jeunes combattants athéniens redonnèrent un nouveau souffle au camp des Grecs. Plusieurs tribus barbares furent massacrées et l'on dit encore aujourd'hui avec un respect mêlé de crainte que l'armée du jeune Thésée prenait ses bains dans le sang de ses ennemis... Pourtant, la victoire était très loin d'être gagnée.
Alors qu'ils menaient l'assaut final, les Grecs furent pris de court... De nouveau combattants arrivèrent sur le champ de bataille et massacrèrent tout sur leur passage. Thésée, alerté par son armée courut à la bataille. Des flèches fusaient de toutes parts, les chevaux affolés piétinaient les combattants à terre, les hurlements se mélaient aux chocs des épées contre les boucliers et le sang couvrait de son odeur métallique la puanteur de la boue et de la pourriture. Toute l'armée de Thésée fut capturée par le camp ennemi et le jeune prince en tant que chef fut amené devant son ennemi...
Quelle ne fut pas sa surprise, lorsque Thésée découvrit sur le trône des barbares... une femme!
A suivre...
Basileus.










