13 août 2007
Le monde merveilleux de Harry Potter, partie 3 : Les références historiques.
Ce qui marque dans l'oeuvre de J.K.Rowling, ce sont ces références perpétuelles à l'histoire. Comme toute oeuvre de littérature de jeunesse, Harry Potter a également l'ambition d'éduquer et de raviver le devoir de mémoire...
La référence aux races
Apparaissant réellement au tome 2, Harry Potter et la chambre des secrets, le thème des races est l'un des thèmes fondateurs de l'oeuvre de J.K.Rowling. L'oeuvre de Rowling appartient plutôt à la littérature fantastique, mais ne s'éloigne pas tant que ça de la fantasy (à l'image de Tolkien, par exemple...) Et pour ce faire, Rowling agrémente le monde de la magie de différentes espèces vivantes : pour se faire une idée, je vous propose de vous redirigez vers cette page de wikipédia. A mon avis, il faut diviser la population magique en trois : les sorciers, les êtres possédant des pouvoirs magiques et les animaux.
C'est dans le tome 2 qu'apparait un personnage important pour l'univers d'Harry Potter : Dobby, l'elfe de maison (House elf). Un elfe de maison est un être possédant des pouvoirs magiques, mais réduit en esclavage par une famille de sorciers. La seule façon pour eux d'être libérés de leur condition est de se voir offrir par leur maître un vêtement (ce qui les rapprocheraient de la condition humaine et non plus du statut d'animal.)
C'est Hermione la première qui prend position contre le maltraitement des elfes de maison en fondant une société protectrice (un peu à l'image de Brigitte Bardot...) : la S.A.L.E -Société d'aide à la libération des elfes- (S.P.E.W : Society for the Promotion of Elfish Welfare, spew signifiant en anglais 'vomir'.)
Sans vouloir trop vous spoiler (car ceci ne troublera pas ceux qui ont été assez patients pour attendre la traduction du 7ème et dernier tome des aventures du petit sorcier...),
c'est dans Harry Potter et les reliques de la mort que le lecteur arrive à véritablement comprendre les tensions qui existent depuis toujours au sujet des différentes races du monde magique. En effet, un gobelin (une créature travaillant habituellement dans la banque Gringotts) fait remarquer à Harry les injustices qui pèsent contre son espèce : mieux considérés que les elfes de maison, mais inférieurs aux sorciers, les gobelins n'ont pas le droit de pratiquer la magie à l'aide d'une baguette magique. Et en cela, J.K.Rowling pose une question fort intéressante : qu'est-ce qui fait d'une personne un sorcier (qu'est-ce que qui confère l'humanité à un être ?)
Car Dobby, l'elfe de maison parle, a des sentiments, possède un courage hors norme et maîtrise une magie insoupçonnée : pourquoi est-il inférieur à un sorcier, qu'est-ce qui fait de lui un esclave ?
Et si je parle ici de ce problème des races et des hiérarchies des races, c'est que ce thème en amène un beaucoup plus grave. Hiérarchiser les races, les comparer et les valoriser amène également le problème inhérent du racisme. Et ce thème est développé à merveille par Rowling dans son oeuvre : les références sont évidentes et croustillantes. Le sorcier recherchant la pureté de son sang fait évidemment penser à la mythique race aryenne, ceux qui sont nés dans un environnement moldu, de non-sorciers sont la lie du monde magique, des sang de bourbe (Mudblood.) Les partisans de Voldemort (qui prône un monde magique pur, fort et dominant les moldus) sont vêtus de noir, avec des masques de têtes de mort afin de cacher leur visage, ce qui n'est pas sans rappeler la société du Ku Klux Klan.
De la terreur à l'horreur
Autre sujet fort intéressant que Rowling traite avec finesse : la guerre et le nazisme. Une des conséquences désastreuses de la hiérarchie que les hommes ont imposée entre les 'races' a été la Seconde Guerre Mondiale, ainsi que le nazisme. Voldemort représente le Mal absolu, redouté de tous, au point que personne n'ose seulement prononcer son nom ; ses alliés, les Mangemorts (Death Eaters) sèment la terreur. Le nom même de 'mangemort' est un choix judicieux de la part de Rowling car la mort est taboue, de tous temps, les hommes l'ont redoutée... Et les compagnons de Voldemort, le sorcier le plus redoutable, le plus sanglant, le plus terrible qui existe se nomment 'mangemorts' : ils n'ont pas peur de la mort car ils l'ingèrent, ils ne font plus qu'un avec la mort, pire : ils sont plus redoutables que la mort.
La terreur semée par les mangemorts se termine précisément le jour où Voldemort est mis en déroute par Harry Potter et la protection magique de sa mère. Le lecteur ne connait donc les événements qui se sont passés qu'à travers des souvenirs, des ont-dits... Et plus on va dans l'histoire, plus les événements deviennent concrets, plus la terreur s'installe : dès le tome 4, Harry Potter et la coupe de feu, les mangemorts font leur apparition et de menace invisible, ils prennent le pouvoir au tome 7 (ceci n'est pas un spoil, mais une conséquence logique de la progression adoptée par Rowling.)
Et là, les références sont aussi claires qu'ironiques : on fait ici référence à l'Inquisition, ainsi qu'à la chasse aux sorcières.
Sauf que dans ce cas précis, ce ne sont pas des sorcières qui sont chassées, mais des humains normaux. Mais Rowling peut aussi faire référence à une chasse plus récente, j'entends le MacCarthysme (SPOIL : la montée en puissance du sénateur McCarthy dans les années 60 faisant largement penser à celle de Dolorès Ombrage qui, dans le tome 7, est au bureau de régulation des moldus.)
Et quand on se tourne vers la Seconde Guerre Mondiale et le nazisme, il est également judicieux de parler de collaboration, mais également de résistance.
La résistance apparait au tome 5, Harry Potter et l'Ordre du phénix, l'Ordre étant né lors de la première terreur, en résistance à Voldemort. Tout y passe : résistants, complots, messages codés. La collaboration est également dépeinte de façon criante : le Ministère de la magie étant complètement infestés par les mangemorts.
In fine...
Sous couvert d'une oeuvre de littérature de jeunesse pleine d'humour et de jeux de mots, Harry Potter possède également des thèmes plus sombres et plus denses qu'il n'y parait. La crainte de la différence, le racisme, l'intolérance, la chasse aux sorcières, la guerre sont des thèmes qui apparaissent avec une grande finesse, touchant aussi bien le jeune public que le moins jeune...
A suivre...
Basileus.
09 août 2007
Le monde merveilleux d'Harry Potter, partie 2 : Une oeuvre majeure de la littérature de jeunesse.
S'il est une chose certaine, c'est que le phénomène 'Harry Potter' a révolutionné la vision que nous petits français avions de la littérature de jeunesse... Autrefois domaine mineur et peu intéressant, la littérature de jeunesse est devenue en l'espace de quelques années à peine une sorte d'énorme tirelire à ciel ouvert. 300 millions d'exemplaires vendus dans le monde, une fortune de 810 millions d'euros estimée en 2007 par le Sunday Time rich list, J.K.Rowlings se place à la 3ème place des plus grandes fortunes féminines de Grande-Bretagne.
Attention ! Ils sont armés et dangereux !
Le rapport à la famille.
Comme toute oeuvre de littérature de jeunesse qui se respecte, Harry Potter a une relation très étroite avec le thème de la famille. J.K.Rowling a trouvé très rapidement l'inspiration pour l'écriture de son livre, mais c'est la mort de sa mère quand elle avait 25 ans qui a donné toute sa dimension à l'oeuvre : Harry Potter l'orphelin est blessé à l'extérieur (sa cicatrice) comme à l'intérieur (la perte de ses parents, son sentiment d'être seul au monde.)
Et devant la perte que Harry désire plus que tout combler, Rowling le confronte à différentes visions de la famille, ancrant par là même le roman dans une concrétisation palpable et proche de la réalité...
La famille Dursley
La famille Dursley est la seule famille qu'il reste à Harry à la mort de ses parents.
Ce n'est qu'au tome 6 qu'on apprend que Dumbledore avait forcé Pétunia, la mère, à s'occuper de son neveu, afin de le garder sous la protection magique qui avait sauvé la vie au jeune garçon.
Les Dursley sont une véritable caricature d'une famille moldue (non sorcière.) Rowling a usé de tous les clichés possibles afin de les rendre aussi banals et détestables que possible... Vivant dans une banlieue de Londres, dans le quartier de Little Wiggins, où chaque maison ressemble à ses voisines et où les voisins s'observent avidement les uns les autres, les Dursley donneraient tout pour paraître respectables.
Je souligne ce verbe car il est très important à leur yeux : Mr Dursley veut impressionner son patron et Mrs Dursley veut passer pour la meilleure des hôtesses. Leur fils, Dudley, est un enfant roi pourri gâté, menant la vie dure à Harry, et devenant au fil des ans une petite frappe. Aucun stéréotype n'est épargné par l'auteur et le lecteur se régale de [re]trouver des situations cocasses et criantes de vérité :
A son 11ème anniversaire, Dudley pique une crise car il a eu deux cadeaux de moins que l'année précédente ; Dudley a deux chambres tandis que Harry vit dans un placard sous l'escalier ; Harry doit faire semblant de ne pas exister quand le patron de Vernom (le père) vient chez les Dursley ; Dudley n'a que du neuf tandis que Harry doit récupérer les vieilles affaires détériorées par Dudley...
La famille Potter
Pour ce qui est de la famille de Harry (mise à part les Dursley), J.K.Rowling fait contraster la dure réalité du quotidien à des visions fantasmées de ce qu'aurait pu être la vie de Harry si ses parents n'étaient pas morts. Puisque ses parents sont décédés lorsqu'il n'était qu'un nourisson, Harry n'a aucun souvenir d'eux (ou presque, car dans le tome 3, il découvre que son seul souvenir de sa mère est le dernier cri qu'elle a poussé en mourrant.) Les seuls souvenirs qu'il peut donc se forger se bâtissent sur des photos de sorciers (où il peut voir ses parents bouger), sur le miroir du Riséd (lire 'Désir' à l'envers) dans lequel celui qui regarde peut voir ce qu'il désire le plus au monde ainsi que dans les souvenirs de personnes qui les ont connus.
Ce n'est enfin de compte qu'au tome 3 que Harry retrouve un semblant de famille. C'est dans Harry Potter et le prisonnier d'Azkaban que Harry en apprend plus sur son père, notamment qu'à l'époque du collège, James (le père de Harry) était ami avec trois autres garçons : Rémus Lupin, Peter Petigrow et Sirius Black.
C'est un autre modèle familial qui s'y profile, puisque Rowling traite également le thème de l'amitié à toute épreuve : quand Rémus a été attaqué par un loup-garou (en en devenant un par la même occasion), les autres ont décidé de devenir des animagus (sorciers se transformant en animaux, une pratique illégale si elle est non répertoriée.)
Ils sont ainsi devenus les Maraudeurs (Marauders), faisant les 400 coups dans Poudlard...
Et Harry découvre que son parain, le meilleur ami de son père est Sirius Black, recherché à tort pour meurtre et collaboration avec Voldemort. Autrement dit, au moment même où Harry retrouve un semblant de famille (quand je parle de famille, je parle également de lien d'amour...), le lien se rompt (puisque Sirius est recherché en tant qu'évadé. A aucun moment, Harry ne peut se sentir en stabilité, dans un foyer qui lui est sien.
L'école de magie de Poudlard
Si je parle de l'école de magie en tant que 'famille', c'est que pour Harry, c'est bien le cas. N'ayant pas connu 'l'amour' familial, Harry connait ainsi l'amitié et la vie en communauté grâce à l'école de magie...
Ce qui est intéressant dans le travail de J.K.Rowlings, c'est cette mise en parrallèle entre Harry et Voldemort : depuis que Harry a été blessé par le mage noir, un lien s'est forgé entre eux : la baguette magique qui a choisi le jeune garçon contient une plume du même phénix que celle qui l'a blessé ;
Harry parle le Fourchelang (Parseltongue), la langue des serpents ; et au tome 6, on aprrend que Voldemort, à l'image de Harry, n'a jamais connu de véritable famille et considère Poudlard comme un lieu très important.
La trouvaillle de J.K.Rowlings repose sur le renouvellement annuel de ses volumes : chaque tome représentant une année de la formation de Harry en tant que sorcier. Le schéma est indentique : on commence chaque volume dans la famille Dursley, puis Harry se rend à Poudlard afin d'entammer une nouvelle année. Un mystère ou une série d'intrigues apparaissent qui sont résolus en fin d'année.
Rowling encore une fois use de stéréotypes à merveille : toutes les images que l'on pouvait avoir des établissements scolaires ainsi que de la vie en communauté y est adapté avec style. L'auteur s'inspire bien évidemment du fonctionnement des établissements scolaires anglais, notamment les pensionnats. L'école se divise en 4 maisons distinctes, dont les noms se rapportent aux sorciers légendaires ayant fondé Poudlard (Hogwarts) voilà plus de mille ans : Serdaigle (Ravenclaw), fondé par Rowena Serdaigle, abrite des sorciers intelligents et réfléchis ; Poufsoufle (Hufflepuff), fondé par Helga Poufsoufle, abrite des sorciers loyaux, travailleurs et patients ; Serpentard (Slytherin), fondé par Salazar Serpentard, abrite des sorciers rusés et ambitieux tandis que Gryffondor (Gryffindor), fondé par Godric Gryffondor, abrite des sorciers courageux et hardis.
Chaque maison est dirigée par un professeur ainsi que par des préfets (élèves plus âgés.) Le sentiment d'appartenir à un clan, une famille est magnifié... Ce qui est intéressant, c'est que les sorciers ne choisissent pas leur maison, c'est leur nature profonde : et là s'opposent deux des maisons, celle des Gryffondor et celle des Serpentards
Les figures d'autorité y sont également des images paternelles... Albus Dumbledore, le directeur de Poudlard est décrit comme arborant une longue barbe argentée, plein de sagesse, une sagesse sans âge : l'auteur s'est inspirée du personnage de Merlin, guidant le jeune Arthur ;
Minerva McGonagall, la directrice de la maison des Gryffondor, autoritaire, a une figure plus maternisante et protectrice... Mais Rowling est consciente que le fonctionnement de l'école ne repose pas que sur des bons sentiments : Harry Potter doit également affronter les jalousies d'autres élèves (Draco Malefoy et ses amis Serpentards) ainsi que de professeurs tels que Severus Rogue (Severus Snape), ancien élève de Poudlard qui avait cotoyé ses parents et qui haïssait son père...
La périodicité des romans de Rowling y est un élément fondateur et important : le lecteur peut ainsi retrouver des figures connues (certains élèves dont les noms reviennent à chaque tome : Dean Thomas, Seamus Finnigan, les soeurs Patil, Lee Jordan, Olivier Dubois, Cho Chang, Neville Longdubat ou bien Luna Lovegood...), l'ambiance des cours qui y sont conférés, la salle d'étude, ou la Salle à manger... Rowling arrive à avancer en terrain connu, tout en réussissant à se renouveler à chaque tome.
Les Familles Black et Malefoy
Parmi les différentes familles que Rowling met en scène, je me pencherai sur les familles de Sirius Black et de Draco Malefoy. J'y reviendrai dans un prochain article, mais l'un des sujets prédominants dans Harry Potter, c'est également la peur de la différence... Certaines familles ne se définissent que par la pureté de leur lignée (un sang pur n'a pas été 'contaminé' par du sang de bourbe [Mudblood]) C'est le cas de ces familles (qui en fait n'en forment qu'une...) Je précise d'ailleurs que la devise des Black est 'Toujours pûr' (en français)
La famille de Sirius n'est véritablement dévoilée qu'au tome 5 Harry Potter et l'ordre du phénix. Une résistance à Voldemort réapparait sous les traits de cet ordre, abrité dans la maison de Sirius (toujours recheché pour s'être évadé d'Azkaban.) On y aperçoit enfin l'atmosphère dans laquel ce dernier a dû vivre et grandir : un arbre généalogique trône dans la maison, et les membres qui ont trahi leur sang ont vu leur nom et leur visage effacés de l'arbre.
Familles 'aristocratiques' dont le glorieux nom est connu de tous, ces deux familles sont également reconnues pour leur absence d'amour familial : car noblesse et pureté du sang rime chez eux avec Serpentard (orgueil, ambition.)
La famille Weasley
La famille Weasley est tout à fait à l'opposé des deux familles précédentes. Famille de Ron, le meilleur ami de Harry, elle devient au fil des volumes une sorte de famille de substitution, celle dans laquelle Harry aurait pu vivre, si ses parents n'avaient pas été tués...
Famille nombreuse dont les membres se reconnaissent à leurs chevelure rousse ainsi qu'à leurs affaires usagées, la famille Weasley est le stéréotype de la famille irlandaise aux yeux d'un anglais : pauvre et catholique (dans le cas du livre, la famille est favorable aux moldus, ce qui est presque aussi infamant.), il ne faut pas oublier que les roux sont souvent apparentés au diable dans les croyances populaires...
Bien que pauvre et marginale, la famille Weasley est très certainement la famille la plus attachante dans l'univers d'Harry Potter. Molly, la mère, considère Harry comme son fils (et parfois le traite avec plus de douceur que Ron !) Weasle en anglais signifie 'Belette' (petit carnassier au pelage roux), c'est pour cela que la maison des Weasley se nomme Le Terrier (maison délabrée de 4 étages, près du village Ste Chaspoule.)
Une oeuvre d'une grande fraîcheur
Attachante et fraîche, l'oeuvre de J.K.Rowling a trouvé le moyen de se renouveler, de puiser dans des images d'Epinal pour en faire les bases d'une mythologie désormais maîtrisée et achevée avec brio. Bravo, maître ! :-D
Basileus. (Merci à la base de Deviantart.)
A suivre...
03 août 2007
Le monde merveilleux d'Harry Potter, partie 1 : Influences.
Je me propose de fêter la sortie du tout dernier tome de Harry Potter (Harry Potter and the deathly hallows) en décortiquant cet univers de la façon la plus grossière qui soit (car des thèses sont écrites sur le sujet, je ne pourrai donc qu'effleurer ce thème.) Nous verrons donc ainsi pourquoi cette série est d'ores et déjà entrée dans le panthéon des oeuvres de littérature de jeunesse.
L'illustration de l'édition française est signée Jean-Claude Götting.
Petit résumé à l'usage des incultes... :p
Le petit Harry Potter était censé être un enfant comme les autres... Enfin presque. Orphelin, il est hébergé chez son oncle et sa tante, les Dursley, dans une niche, sous l'escalier familial. Et la vie se serait écoulée longuement et péniblement, si un beau matin n'était pas arrivée une mystérieuse lettre adressée à... Harry lui-même ! Mais les Dursley lui interdisent de la lire... Jusqu'à ce que de nouvelles lettres arrivent, toutes postées par des... hiboux !
Les Dursley fuient leur maison, afin d'éviter toutes ces bizarreries... Bien mal leur en prendra car c'est un géant de 3 m (Hagrid) qui les retrouvera afin d'apprendre à Harry la vérité sur ses parents ainsi que sur lui-même. En effet, les Potter ne sont pas morts dans un accident de voiture ainsi que Harry l'avait toujours cru... Harry, comme ses parents est un sorcier et sa cicatrice en forme d'éclair, il la doit au meurtrier de ses parents, le plus maléfique mage noir qui aie jamais existé : Celui-Dont-On-Ne-Doit-Pas-Prononcer-Le-Nom...
A 11 ans, Harry Potter se doit, comme ses congénères, d'aller à l'école de magie : la prestigieuse école Poudlard (Hogwarts en anglais.) Il y fera la connaissance de Ron Weasley, le rouquin rigolo et de Hermione Granger, mademoiselle Je-Sais-Tout, attachante malgré tout... Mais les professeurs y sont tout aussi intéressants : Dumbledore, le directeur malicieux à la barbe argentée; McGonagall, la sorcière stricte dont la spécialité est de se transformer en chat ou bien Rogue, le professeur de potions qui a pris Harry en grippe...
Et tout cela ne serait pas aussi fantastique s'il n'y avait pas en plus d'épais mystères autour d'un paquet que l'école garderait jalousement en son sein... Qui est ce Nicolas Flamel qui aurait confié son bien à Dumbledore ? Pourquoi Rogue devient-il si mystérieux ? Pourquoi va-t-il jusqu'à en vouloir à la vie de Harry ?
Mythologie du monde de la magie.
La magie est un thème récurrent dans les oeuvres de littérature de jeunesse. On peut la voir dans Le Seigneur des Anneaux (Cf. Gandalf), dans Le Chateau de Hurle (Cf. Hurle), Le Magicien d'Oz... Mais c'est ici toute la mythologie de la sorcellerie que Rowlings, l'auteur de Harry Potter a repris à son compte. Tout y passe, chaque cliché est revu et corrigé avec finesse et humour : chapeaux pointus, balais volants, baguettes magiques, crapauds, chats de sorcières, potions et autres incantations magiques...
Rowlings a pensé à tout, sans rien omettre. Le monde se divise en deux grandes catégories : les sorciers et les autres. Tout humain qui ne nait pas sorcier est un moldu (muggle), mais on peut naître dans une famille de moldus et devenir sorcier (c'est le cas d'Hermione, mais aussi de la mère de Harry.) Les sorciers qui naissent sans pouvoir magique sont des cracmols (squibs.) Mais aux yeux d'une certaine catégorie de sorciers, mieux vaut descendre d'une famille pure, plutôt que d'être un "sang de bourbe" (j'y reviendrai dans un prochain article...)
Les trouvailles de l'auteur sont infinies et savoureuses : la fête la plus importante pour les sorciers ? Halloween. Comment différencier des représentations magiques ? Ceux pris en photo, ou bien reproduits sur toile sont animés (les peintures mettent en scène des personnages vivants, capables de parler avec leur spectateur !) Qui prodigue les cours d'histoire ? un fantôme ! Comment les sorciers peuvent-ils vivre en harmonie sans être dérangés par les moldus ? Car ils sont protégés par le Ministère de la Magie ! La faune et la flore ? Licornes, centaures, mandragores, dragons, trolls, gnomes, elfes domestiques, hippogriffes (mi-aigle, mi-cheval), hiboux, phénix, ... Tout y est mélangé dans une joyeuse cacophonie.
J.K.Rowlings sait mêler habilement tous les clichés du monde de la magie : les escrocs beaux parleurs (Cf. le professeur Gilderoy Lockhart) y ont autant leur place que les vilaines sorcières (Cf. Bellatrix Lestrange.) La magie blanche y côtoie la magie noire dans un monde loufoque et attirant autant que sombre et repoussant.
A l'image d'un Tolkien qui avait désiré rédiger une mythologie anglaise à travers l'écriture du Seigneur des Anneaux, J.K.Rowlings s'inspire des multiples mythologies existantes afin de construire un monde riche et intéressant.
Petite étymologie antique.
Ayant fait des études de français et de lettres classiques, J.K.Rowlings a parsemé son oeuvre de clins d'oeil à l'antiquité. En effet, l'un des plus grands clichés sur le monde de la sorcellerie est que les incantations sont prononcées prioritairement en latin, la langue internationale par excellence. (Je ne sais pas si cela a produit un engouement envers la langue latine, mais je peux vous affirmer que les premiers volumes de la série ont d'ores et déjà été traduits en latin (à quand le grec ??)
Je me pencherai sur la signification de certains sorts, afin de vous montrer les recherches linguistiques ayant été effectuées par Rowlings. J'ai choisi de vous présenter les trois sortilèges impardonnables qui apparaissent dans le tome 4, Harry Potter et la coupe de feu.
Le sortilège de l'Imperium (Imperio)
Ces trois sortilèges sont défendus mais ont été utilisés par Lord Voldemort, le puissant mage noir qui a tué les parents de Harry, ainsi que par ses complices, les Mangemorts (Death Eaters.) Ce premier sortilège permet à celui qui l'invoque de contrôler la personne de son choix comme une marionnette. En latin, le verbe imperare signifie 'donner un ordre, commander'. En anglais, Rowlings le désigne sous le nom d'Imperius (mais ce mot n'existe pas en latin.)
Le sortilège Endoloris (Cruciatus curse)
Comme son nom l'indique dans la traduction française, le sortilège Endoloris provoque chez la victime visée une souffrance si importante et si inédite qu'elle se tord de douleur. Ce sortilège est l'un des seuls qui ne nécessite pas forcément d'être prononcé, mais le sorcier qui l'invoque doit désirer ardemment que sa victime souffre gratuitement. Crucio en latin signifie 'je torture, je crucifie'. En effet, la torture de la croix passait pour être à ce point douloureuse qu'il n'existait aucun mot pour le décrire... Dans Harry Potter, les parents d'un camarade de Harry, Neville Longdubat (Neville Longbottom) ont été ensorcelés si longtemps qu'ils en sont devenus fous à lier.
Le sortilège de la mort : l'Avada Kedavra.
Certainement le sortilège le plus redouté du monde de la magie : celui qui transmet la mort inévitablement. Reconnaissable au jet de lumière verte s'émanant de la baguette magique de celui qui l'invoque, il se projette avec violence sur la victime, qui décède sur le coup. Il n'y a alors aucune raison médicale à la mort de la personne. La seule personne au monde qui y ait réchappé est... Harry Potter lui-même ! Sa cicatrice au front est en fait la preuve de l'attentat de Voldemort sur sa personne. C'est dès le tout premier tome que le lecteur apprend la raison de ce miracle : Lily, la mère de Harry s'est sacrifiée pour protéger son enfant. Et par ce geste, elle a invoqué une ancienne magie très puissante, celle de l'amour. Le sortilège s'est retourné contre Voldemort.
Etymologiquement, l'Avada Kedavra est très certainement le sort le plus intéressant à décortiquer... Au contraire des autres sortilèges, il ne vient pas du latin, mais de l'araméen. Il se rapproche en fait de l'araméen Abracadabra et signifierait 'Disparait comme ce mot', ou bien 'Que la chose soit détruite' (à l'origine, il était utilisé pour combattre la maladie, la 'chose' étant la maladie.) Ce qui est intéressant ici est que la mort/la maladie deviennent ainsi les fondements du monde de la magie et se rapprocheraient alors de la peur ancestrale que les humains nourissent envers le surnaturel...
Influences et conclusion de la première partie...
En conclusion de cette première partie sur l'univers de Harry Potter, je parlerai très rapidement des influences avouées par l'auteur. Parmi les références intéressantes, notons la présence de C.S.Lewis, l'auteur de Narnia, une oeuvre majeure de la littérature de jeunesse en Angleterre (je n'en dirai pas plus, n'étant pas une fan de cette série...) Mais la référence la plus intéressante est celle faite à Shakespeare, à travers la pièce de MacBeth. J.K.Rowlings y a puisé son intérêt pour les décisions et leurs conséquence sur la personne. Si Voldemort n'avait pas recherché avidement celui qui était destiné à le détruire, ainsi que le prédisait une prophétie, il n'aurait pas tué les parents de Harry et n'aurait pas été détruit...
Pour ma part, je vous donne rendez-vous très bientôt pour la suite de mes analyses sur le phénomène Harry Potter... ;-)
Basileus.
03 mai 2007
Jonathan Strange & Mr Norrel : déjà culte !
Premier roman de Susanna Clarke, résultat de dix années de labeur, Jonathan Strange & Mr Norrell est le dernier livre que je viens de dévorer. Quoi de plus intéressant de vous faire partager mon coup de coeur ? ;-)
Le résumé
(Derrière le livre) 1806 : Dans une Angleterre usée par les guerres napoléoniennes, un magicien à la mode ancienne, un certain Mr Norrell, offre ses services pour empêcher l'avance de la flotte française. En quelques tours, il redonne l'avantage aux Anglais. Norrell devient la coqueluche du pays.
Voguant sur sa gloire, il fait la connaissance d'un jeune et brillant magicien qu'il prend sous son aile, Jonathan Strange. Ensemble, les deux hommes vont éblouir l'Angleterre par leurs prouesses. Jusqu'à ce que l'audacieux Strange, attiré par les aspects les plus sombres de la magie, provoque la colère de Mr Norrell.
L'association tourne à la rivalité, causant bien des ravages insoupçonnables...
Entre le roman fantastique et le roman d'aventures, le féerique et le romantique, Jonathan Strange et Mr Norrell, paru en 2004 en Angleterre, a connu un immense succès public et critique. Largement récompensé, le premier roman de Susanna Clarke a notamment été élu meilleur livre de l'année par Time Magazine et reçu le prix Hugo. Il est aujourd'hui traduit dans dix-sept pays.
Un succès phénoménal et inattendu
(Site officiel) Née à Nottingam en 1959, fille ainée d'un pasteur méthodiste, Susanna Clarke a été amenée à vivre dans le Nord de l'Angleterre et en Ecosse, traditionnelles terres de légendes.
Si Jonathan Strange & Mr Norrell est son premier roman, Clarke n'est pourtant pas une inconnue : elle a déjà publié sept nouvelles saluées par la critique. Durant les dix années nécessaires à l'écriture de son roman, Clarke a été éditrice de livres culinaires chez Simon & Shuster à Cambridge.
Si je parle de succès phénoménal, c'est qu'avant toute chose, la parution de ce roman a été plus qu'un événement. Deux couvertures : l'une noire, l'autre blanche, plus de 2 millions de romans vendus à ce jour, classé dans les best-sellers. De plus, au vu du succès du livre, les studio New Line, créateurs de la saga Le Seigneur des anneaux ont déjà confié la tache d'adapter l'oeuvre au cinéma à Christopher Hampton, scénariste des Liaisons dangereuses. Ce choix me laisse toutefois assez dubitative, ses films étant assez fadasses à mon goût... Nous verrons bien où tout ça va nous mener...
Tout un univers construit et réfléchi
Acclamé par la critique, Jonathan Strange & Mr Norrell est avant tout une mine concernant les détails d'un univers magique et scientifique tentaculaire. Surnommée le nouvel "Harry Potter" pour les adultes, cette oeuvre a su impressioner par la quantité de références documentées et quasi-scientifiques sur les univers magiques.
Tout un historique sur la magie y est référencé de manière surprenante. En effet, le roman commence en 1806, alors même que la magie a quasiment disparu d'Angleterre. Elle est bien loin l'époque dorée de la magie qui, quatre siècles plus tôt a vu naître le Roi Corbeau, LE plus grand magicien de Grande Bretagne, de sang humain et elfique, qui a su unir le monde des hommes à celui des fées. Mais attention ! Pas d'outrances visibles d'habitude dans la fantasy, bien au contraire ! L'univers est rationnel, intelligent. Clarke s'interroge avec passion sur la disparition de la magie, comme l'on pourrait s'interroger sur la disparition de la foi.
Au fil des siècles, la magie disparait peu à peu, elle voit apparaître les magiciens Auréats, descendants directs du Roi Corbeau ; puis les magiciens Argentins dont le prestige a décliné peu à peu pour bientôt tomber dans la pénombre. En 1806, les seuls magiciens rescapés sont des gentlemen qui se réunissent pour tenir des discours creux sur l'Histoire de la magie.
Lorsque Mr Norrell se présente à eux et démembre cette société moribonde, c'est pour présenter la magie sous son aspect le plus "respectable", le plus scientifique et le plus lettré. La magie devient alors un privilège réservé à une élite restreinte (tellement restreinte à vrai dire qu'elle se limite à la seule personne de Mr Norrell.) C'est ce qu'il nommera "la restauration de la magie anglaise".
L'autre vision de la restauration de la magie en Angleterre est celle de son futur disciple, Jonathan Strange qui décidera d'en revenir aux principes primaires, usités du temps du Roi Corbeau. Et bien plus que de se limiter à la magie seule, c'est une réflexion sur notre propre société que nous propose Clarke.
Un roman en apparence bicéphale
Bien que le titre du roman nous conduise à conclure que l'oeuvre est bipolaire, on se rend bien vite compte qu'elle cache également quelques subtilités savoureuses. Tout d'abord, Clarke, d'une main de maître tisse sa toile autour d'une prophétie :
(...) Je suis venu dans un vol de corbeaux qui emplissait un ciel du nord à l'aube ;
Quand ils se sont crus saufs, je suis venu à eux avec un cri qui a rompu le silence d'un bois d'hiver. La pluie m'a ouvert une porte et je l'ai franchie ;
Les pierres m'ont fait un trône et j'y ai siégé ; Trois royaumes m'ont été donnés pour être miens à jamais ; L'Angleterre m'a été donnée pour être mienne à jamais ;
L'esclave sans nom portait une couronne d'argent ; L'esclave sans nom était un roi d'un pays inconnu ;
(...) J'ai donné la magie à l'Angleterre, un précieux héritage. Mais les anglais ont méprisé son présent. La magie sera gravée sur les faces des montagnes de pierre, mais leurs esprits ne pourront la contenir ; En hiver, les arbres dénudés formeront des lettres noires, mais ils ne les comprendront pas ;
Deux magiciens doivent apparaître en Angleterre. Le premier me craindra ; le deuxième brûlera de m'apercevoir ;
Le premier sera gouverné par des larrons et des assassins ; le second conspirera à sa propre destruction ;
Le premier aura beau enfouir son coeur dans un bois sombre sous la neige, il le sentira encore palpiter ; le deuxième verra son bien le plus cher aux mains de son ennemi ;
Le premier passera sa vie seul : il sera son propre geôlier ; le deuxième parcourra des routes solitaires, la tempête au-dessus de sa tête, à la recherche d'une tour noire sur un flanc de colline ;
Je siège sur un trône noir dans les ténèbres, mais ils ne me verront pas. La pluie m'ouvrira une porte et je la franchirai ; les pierres m'offriront un trône et j'y siégerai ;
L'esclave sans nom portera une couronne d'argent ; l'esclave sans nom sera un roi dans un pays étranger.
En fait, le roman se base sur un triptique. En témoignent les divisions du livre suivant les différents personnages pricipaux : tout d'abord une première partie sur Mr Norrell qui, pendant plus de 200 pages, ne laissait aucune place au second protagoniste Jonathan Strange. La dernière partie du roman s'axe sur un personnage dont l'ombre plane tout le long du roman : John Uskglass, le Roi Corbeau. Car c'est son aura qui guidera les deux personnages principaux, qu'ils s'en défendent ou nom... Personnage le moins physiquement présent, John Uskglass se révèle le pilier fondateur du roman de Clarke.
Mais revenons quelques secondes sur la bipolarisation de ce roman. Car c'est tout de même ce qui saute aux yeux lorsqu'on regarde les deux couvertures du livre : magie blanche, magie noire ? Ombres du passé, lumière du présent ? Mr Norrell, Jonathan Strange ? J'aime énormément la prise de position de l'auteur. En effet, Clarke a pris une décision fort constructive pour la rédaction de son roman : ne pas tomber dans le manichéisme. Jonathan Strange tout comme Norrell possède des défauts et des qualités qui le rendent attachant et complexe.
Norrell est un petit être renfermé sur lui-même, timide et maussade, il fuit la compagnie des hommes, garde jalousement son secret. Il est le premier magicien de la prophétie.
Strange est le contraire de Norrell, il est le premier personnage qui est venu à l'esprit de Clarke : roux, un regard un peu hautain, enjoué et enthousiaste, Strange a pour atout sa jeunesse ainsi que son talent. Car il est doué, extrêmement, au point d'étonner celui qui deviendra son mentor, Mr Norrell. Et tandis que Norrell gardera précieusement ses connaissances et ses livres bien cachés au yeux de tous (et même de son élève), Strange n'aura de cesse de démocratiser la magie, de lui rendre son éclat d'antant, au point même d'en délaisser son épouse...
En guise de conclusion
En guise de conclusion, que dire de plus, si ce n'est que ce roman est certainement l'un des meilleurs jamais écrits depuis Harry Potter ? Bien sûr, certains argueront pour la lenteur, voir l'immobilité des scènes, tendant à nous rappeler la plume austinienne, je préférerai vous dire tout simplement que cette lenteur est compensée par une écriture sublime, géniale, prenante et intelligente. Autrement dit, jetez-vous dessus, vous ferez une affaire !
Pour plus di'nformations, rendez-vous sur le site officiel.
Basileus.
27 avril 2007
Molière / La Fontaine : le grand combat...
En attendant les résultats alletants des présidentielles, je vais en profiter pour vous parler de l'actualité cinématographique et littéraire. Je parle bien sûr des deux gros cartons Molière (avec Romain Duris, Fabrice Lucchini et Edouard Baer) et Jean La Fontaine, le défi (avec Lorànt Deutsch, Philippe Torreton et Jean-Claude Dreyfus.) Et puisque j'ai été les voir tous deux en tant que spectatrice, mais également en tant que professeur de français, je me propose de les comparer.
Un Romain Duris plein de charme...
Un Lorànt Deutsch plein de verve...
Molière, la biographie non-officielle.
En 1644, Molière n'a encore que vingt-deux ans. Criblé de dettes et poursuivi par les huissiers, il s'entête à monter sur scène des tragédies dans lesquelles il est indéniablement mauvais. Et puis un jour, après avoir été emprisonné par des créanciers impatients, il disparaît...
Indéniablement, le film Molière est le gros film français du moment : un site officiel bétonné avec un espace pour la presse et un autre pour les enseignants, un dossier de presse très complet et alléchant, un livret pédagogique qui avait été offert aux enseignants, un casting de rêve et des critiques quasiment unanimes... Que demander de plus ?
Jean de la Fontaine, le défi : règne de l'irrévérence.
Paris résonne de mille bruits en ce matin du 5 septembre 1661 : Fouquet, le puissant conseiller du roi, est arrêté sur ordre de Colbert ; le jeune Louis XIV devient le seul maître.
Alors que les autres artistes se précipitent au service du monarque de droit divin, un homme se lève pour affirmer son soutien au surintendant déchu, le poète Jean de La Fontaine. Colbert se jure alors de faire plier le rebelle, seul artiste du royaume à situer son art au-dessus du roi.
Dès lors, La Fontaine, même dans la misère, ne renoncera jamais à ses convictions. Sans argent, il résiste, s'amuse, observe, écrit les Fables, pamphlets assassins contre un régime despotique en pleine décadence.
La Fontaine / Colbert, un affrontement qui durera jusqu'à la mort.
Jean de La Fontaine, le défi s'annonce plus comme un out-sider, face au grand Molière. Les choix d'acteurs sont plus audacieux : Deutsch en La Fontaine, Julien Courbey en Molière, Jocelyn Quivrin en Louis XIV... Le pari semble donc plus risqué, les critiques sont d'ailleurs fort partagées. Le film est sorti mercredi 18 Avril, il est donc à ce jour assez difficile de se faire une idée concernant l'impact sur le public.
Deux génies littéraires remis au goût du jour...
Avant toute chose, je me pencherai sur la tendance du moment : Il faut raffraîchir les classiques. Fini les vieilles fables poussiéreuses, les vieilles pièces incompréhensibles, désormais on nous offre sur un plateau d'argent des auteurs Rock and Roll et rebelles. Car 'rebelle' est bien la tendance. Qui dit 'génie' dit 'hors de son temps', qui dit 'jeune' dit 'éprit de liberté.'
Le public aime les rebelles : Molière ne rêve que d'une chose : quitter l'ombre de son père et mettre un terme à l'existence de Jean-Baptiste Poquelin. Jean de La Fontaine se pose lui aussi en frondeur face au nouveau pouvoir absolu de Louis XIV. Ils sont jeunes, des rêves plein la tête et toute l'énergie de la jeunesse dans la paume de leur main...
Des acteurs de talent, des films alléchants.
Même ceux qui n'aimaient pas le français à l'école peuvent aller voir ces films rien que pour leur casting luxueux. Tout d'abord Molière réunit un Fabrice Lucchini époustouflant d'humanité dans son rôle de M. Jourdain, un Edouard Baer charmeur et coquin ainsi qu'une Ludivine Sagnier craquante et hautaine...
Les choix de Jean de La Fontaine se révèlent plus étonnants, pour ne pas dire hasardeux : Julien Courbey en Molière est à la limite du ridicule, n'ayant pas les épaules pour un tel rôle, Jocelyn Quivrin en Louis XIV est assez pâlot (disons que j'attendais autre chose du Roi Soleil...) Heureusement Torreton se révèle génial d'austérité dans son rôle de Colbert tandis que Lorànt Deutsch est tout simplement sublime (mais je ne suis pas objective, je l'adore ! ^^)
Incohérences et relativités.
Alors bon, me voilà sur la partie moins drôle... En effet, quand on fait un film à valeur historique ou biographique, il est tout naturel de s'attendre à quelques critiques... Alors que Molière est le film qui s'est attiré les critiques les plus dithyrambiques, c'est certainement à lui que je m'attaquerai le plus. Oeuvre totalement fictionnelle (qui se reconnait en tant que telle), Molière part du postulat que l'auteur n'a rien inventé, que son inspiration lui viendrait d'aventures qui lui seraient arrivées l'année où il a disparu de la circulation.
Et là, je fronce les sourcils, en m'écriant, éhontée, que Molière n'a effectivement rien inventé, mais qu'il a puisé non dans son expérience personnelle, mais dans le théâtre comique antique, ni plus, ni moins !
Heureusement Jean de la Fontaine mise sur les recherches documentées. En effet, en tant que protégé de l'intendant Fouquet, Jean de La Fontaine a bien été mis dans une position délicate vis-à-vis du roi. Par contre, la jeunesse de Deutsch, bien que très photogénique, est tout à fait inexacte, puisque le début de l'histoire prendrait place lors de la 41ème année de La Fontaine. Il n'empêche que le film précise bien que l'auteur puisait son inspiration dans les fables d'Esope ainsi que dans certaines fables indiennes, ce qui m'a rassurée, par rapport aux libertés prises dans Molière.
Conclusion...
En guise de conclusion après ce survol rapide, je dirai tout simplement que les deux films sont à voir, pour des raisons différentes... Molière pour son casting génialissime et pour ses citations savoureuses (néanmoins cela reste difficile à déchiffrer pour un jeune public ne maîtrisant pas les oeuvres de Molière...) Jean de la Fontaine pour Lorànt Deutsch (je vous ai dit que je n'étais pas objective ! >.<) et pour sa photographie somptueuse (Molière se basant plus sur un visuel chatoyant, qui fait mal aux yeux...) J'ai tout particulièrement apprécié le portrait de La Fontaine tout en combativité et en charme...
Il ne vous reste plus qu'à vous replonger délicieusement dans leurs oeuvres ! ;-)
Basileus.
23 février 2007
Daniel Pennac : un rêve de société, la société rêvée.
Cette catégorie littéraire me semblait bien vide sans la présence du très grand Daniel Pennac : je répare ceci aujourd'hui en faisant un petit tour de son oeuvre et de son écriture... ^^
Pennac, sa vie...
Né au Maroc d'un père officier de la Coloniale, Daniel Pennacchioni grandit en Afrique et en Asie du Sud. Il obtient sa maîtrise de lettres à Nice et commence par être professeur dans un collège de Soissons. Il s'installe à Belleville, qu'il se plaira à décrire dans ses romans. En 1973, il publie son premier essai, Le Service militaire au service de qui ?, un pamphlet sur le service national. Puis il écrit pour les enfants. En 1985, il donne le jour à la famille Malaussène avec Au bonheur des ogres. Il y impose son style : rythmé, glissant, espiègle. L'alchimie se produit et avec ce qui devient la saga des Malaussène (La Fée carabine, La Petite Marchande de proses - prix Inter 1990 -, Monsieur Malaussène et Aux fruits de la passion) naît une potion de succès. Potion qu'il épice en 1992 par un essai sur la lecture, Comme un roman, dans lequel il définit les droits du lecteur. En 1997, autre roman, Messieurs les enfants, ou un conte adressé aux grands enfants que nous sommes tous, avec une adaptation cinéma à la clé, par Pierre Boutron. Merci paraît en octobre 2004 aux éditions Gallimard. En 2006, Daniel Pennac sort Nemo par Pennac, un ouvrage dans lequel il présente le parcours du dessinateur Nemo, qui illustre depuis plusieurs années les murs de son quartier, Belleville.
Je remercie le site Evène pour cette biographie.
Pennac, sa bibliographie...
Avant d'analyser l'oeuvre de Pennac dans son intégralité, je me propose de vous parler de ses romans les plus marquants.
La saga Malaussène
L'oeuvre fleuve, la plus connue de Pennac est la saga de la famille Malaussène. Le héros emblématique est Malaussène, bouc-émissaire professionnel dans un grand magasin digne du Bonheur des dames de Zola (d'où le titre : Au Bonheur des ogres) Qu'est-ce qu'un bouc-émissaire professionnel, vous demandez-vous ? Un petit homme pleurnichard chargé d'apitoyer les clients grincheux.
Malaussène, c'est également une sorte de compte-rendu de l'état de notre société. «En politique, nous passons le plus clair de notre temps à parler des absents, il arrive que leur présence n’y change pas grand-chose.» (La petite marchande de prose)
Pennac dénonce cette société qui abandonne ses vieux (dans La Fée carabine, la famille Malaussène recueille chez elle des personnes âgées abandonnées), il dénonce son besoin de trouver de façon absolue et aveugle des coupables
(dans Au Bonheur des ogres, des bombes explosent dans le magasin où travaille Malaussène qui devient immédiatement le suspect numéro un.)
La saga Malaussène, c'est également des portraits jouissifs. Des hommes, des femmes, des familles plus riches et plus belles que jamais. Des 'cailles-ra' qui discutent littérature, un chien épileptique, une mère absente, un héros 'frère de famille'... Je vous propose par exemple de vous rendre sur ce site afin de vous faire une idée sur ces personnages hauts en couleur.
Je vous conseille tout particulièrement de lire La Fée carabine certainement le meilleur roman de la série. Un assassin sadique dessoude les vieilles dames, les infirmières municipales refilent des amphètes aux vieillards, les chiens font des crises d'épilepsie, des coups louches se trament et une fée transforme un flic raciste en fleur à coup de P. 38... Rien de plus réjouissant que de retrouver Benjamin Malaussène, sa famille pleine d'amour et bien sûr le stoïque inspecteur Pastor qui mènera l'enquête...
Comme un roman
Les dix droits imprescriptibles du lecteur sont :
1. Le droit de ne pas lire.
2. Le droit de sauter des pages.
3. Le droit de ne pas finir un livre.
4. Le droit de relire.
5. Le droit de lire n'importe quoi.
6. Le droit au bovarysme (maladie textuellement transmissible).
7. Le droit de lire n'importe où.
8. Le droit de grappiller.
9. Le droit de lire à haute voix.
10. Le droit de nous taire.
Hymne à la lecture, Comme un roman est un livre qui se dévore et qui donne faim... de lire ! ^^
L'autre saga très connue de Pennac est celle du petit Kamo... Car en plus d'écrire pour les adultes, Pennac écrit tout aussi bien pour les enfants... ^^
Pennac dit lui-même de Kamo que c'est "L'école métamorphosée en rêve d'école ou en école de rêve." Kamo est un petit garçon comme les autres... ou presque ! Car aucun enfant n'a une mère comme Tatiana, fille d'immigrée juive au caractère bien trempé et sachant parler toutes les langues. Mais il y a aussi Pope et Moune, les parents du narrateur et meilleur ami de Kamo, le grand Lanthier camarade de classe naïf mais au grand coeur... Pennac donne envie de lire, à travers son écriture fluide et attractive aussi bien que les nombreuses références littéraires classiques (Les Hauts de Hurlevent dans Kamo, l'Agence Babel - Dovstoievski ou Jack London dans L'Evasion de Kamo.)
Pennac, son oeuvre...
Pennac, le revendicateur.
Je me propose de diviser cette catégorie en plusieurs parties. Pennac est bel et bien un revendicateur, le dernier combattant pour un rêve de société... «Chaque lecture est un acte de résistance. Une lecture bien menée sauve de tout, y compris de soi-même.» (Comme un roman.) On sent dans chacune des paroles un appel à changer notre routine, notre vision des choses. Pennac s'emploie a utiliser chaque cliché de la société française afin de l'adapter à son univers :
On retrouve dans son oeuvre aussi bien des religieuses viet-namiennes, des enfants adultes et des parents-enfants, des frères de famille, des mamies flingueuses, des profs schizophrènes... Les carcans de la société reculent, s'effacent au profit d'une grande et belle fraternité, d'un amour évident et sans conteste de l'humanité. La lecture devient un acte militant, une révolution culturelle, plus trépidante que la télé elle-même.
Pennac, l'amoureux des bons mots.
Aimer Pennac, c'est également aimer son écriture si partulière. Pennac prend la plume et enrichit son lecteur de ses jeux de mots, de ses réflexions... «Mourir, c’est enterrer tout le monde en une seule fois.» (Messieurs les enfants.) Tout un univers littéraire et humaniste s'ouvre au lecteur, Pennac, poète des temps modernes nous fait découvrir un monde nouveau : «On croit qu’on amène son chien pisser midi et soir. Grave erreur : ce sont les chiens qui nous invitent deux fois par jour à la méditation.» (La fée carabine.) Professeur dans un collège de banlieue parisienne, Pennac a tout de Robin Wiliams dans Le Cercle des poètes disparus, il nous amène à voir le monde d'un oeil nouveau et objectif. «Mais une des innombrables particularités qui distinguent l’homme de la bestiole, c’est qu’il en veut plus. Et même quand il a la quantité suffisante, c’est la qualité qu’il réclame.» (La fée carabine.)
Pour plus d'informations, allez ici.
Basileus.
10 décembre 2006
300, de Franck Miller : ou comment rendre à l'Antiquité ses lettres de noblesse.
A Jean-Pierre qui m'a fait découvrir cette bande-dessinée.
Aujourd'hui, ce n'est pas d'un manga, mais bien d'une bande-dessinée dont je parlerai. Ceux qui me connaissent marqueront ce jour d'une pierre blanche, parce que je ne m'y connais vraiment pas en matière de bande-dessinée (ou de comic...) Si je me suis intéressée à cette bande-dessinée, c'est pour plusieurs raisons : d'une part sortira au début 2007 le film qui en est adapté et d'autre part, cette bande-dessinée relate les derniers jours des 300 soldats spartiates et de leur chef Léonidas qui affrontèrent les millions de soldats perses commandés par Xerxès.
L'histoire
Ils défilent tous, courageux, surhumains, les 300 de Léonidas font marche jusqu'aux Thermopyles (les Portes Chaudes), théâtre de leur ultime bataille, celle pour la gloire : l'illustre armée de Xerxès, des millions de Perses font marche contre la Grèce. Lorsque les Perses pénétrèrent en Grèce, un conseil réuni à Corinthe décida l'envoi de 5000 hommes sous le commandement de Léonidas afin de retenir l'ennemi et laisser à la flotte grecque le temps de se replier au delà du détroit formé entre le continent et l'Eubée.
Tous ces jeunes spartiates, pleins de vie, d'espoir et de hardiesse, Léonidas les regarde. Ils ne savent pas qu'ils marchent à leur mort, seul leur roi le sait, seul leur roi le sent, seul lui en est sûr et certain.
Franck Miller : rugosité du style.
Quand on m'a parlé de cette oeuvre et de son auteur, la première pensée qui m'est venue à l'esprit, c'est : "hey ! Ce ne serait pas l'auteur de Sin City ?" Et en plein dans le mille, Bill ! On retrouve ce style rugueux et brute dans les 300, Miller joue avec une surimpression de noir et nous offre à voir des "gueules".
Pas de doute, on se trouve dans un monde d'hommes, un monde sans merci. Le monde, la société vus par Miller sont des mondes de brutes, l'espoir semble vain, inutile, futile. Il est là, pourtant, minuscule. Léonidas porte en lui l'amertume d'avoir conduit son peuple à sa perte. Sans cesse, on le voit en recul par rapport à ses hommes. Il sait, il connait leur destin mieux que quiconque, mais le destin d'un spartiate est voué à son peuple, à la mort.
Miller nous avait confrontés dans Sin City à la rudesse de la pédophilie, de la corruption ; dans les 300, nous voilà confrontés à la violence, à l'acceptation sans condition de la mort. Et tout comme l'histoire, la plume de Miller est tranchante, les contours des personnages sont taillés dans le marbre, nous n'avons plus à faire à des hommes, nous nous trouvons au-delà des ressources humaines, déjà ancrés dans la légende...
300, l'adaptation cinématographique.
Et comme pour Sin City, cette nouvelle oeuvre de Miller va se trouver adaptée au cinéma. Sin City était une petite révolution du point de vue des effets spéciaux... Miller réitère l'exploit au travers de 300, en plus fort, c'est évident... Voici quelques images, histoire de vous mettre l'eau à la bouche :
Et si tout ça ne vous suffit pas jusqu'à la sortie française du film, le 20 mars 2007, voici rien que pour vous la bande-annonce. ^^
[Trailer] 300
envoyé par valere54
Ca a vraiment de quoi nous allécher, n'est-ce pas ? ;-)
Basileus.
14 octobre 2006
Teacher Man : une jeune prof de L'Aigle lisant "un jeune prof à New York."
Bon, je sais, je raconte parfois ma vie dans ce blog qui, au départ, n'avait pourtant pas la prétention de se faire journal intime... Pourtant, il est vrai qu'étant donné que je parle de ce qui me plait, de ce qui me marque ou me fait avancer dans la vie, il devient incontournable de parler de ma vie. Autrefois, sur un certain forum, une personne (qui j'en suis sûre ne vient pas sur ce blog...) m'a vivement reproché le fait que dès lors que je me mettais à parler de moi, il fallait que je place le fait que je suis professeur de Lettres. Ce qui la dérangeait là-dedans était justement cette position *respectable* de professeur, comme si je me posais en tant qu'élément incontournable de la société, m'imposant de toute ma personne sur les petites gens "qui ne savaient rien."
Si je parle de moi et si je dis *souvent* que je suis professeur, si je place quelque fois ce fait en tant qu'élément de mon argumentation, ce n'est surtout pas dans le but de m'en imposer, du genre "voyez ce que je dis, j'ai la science infuse, alors surtout : taisez-vous." Si je parle de mon métier, c'est que je suis fière de faire ce que je fais, c'est que même si ce n'était pas ma vocation première, c'est devenu ma plus belle réussite, voilà tout.
Pour en venir au sujet d'aujourd'hui, je tenais à vous présenter le dernier livre de Franck Mc Court, auteur des Cendres d'Angela, livre qui a été adapté au cinéma voilà quelques années et de C'est quoi l'Amérique ?
Voilà cet homme, écrivain connu et reconnu, qui décide un jour de faire un retour sur sa vie de prof à New York. Voici le résumé qui se trouve en quatrième de couverture :
Après avoir usé ses talents dans nombre de petits boulots hautement improbables, Franck McCourt se décide enfin à utiliser son diplôme d'enseignant.
-Premier poste : un lycée technique de Staten Island.
-Premiers élèves : des fauves.
Face à ces jeunes monstres, quelle attitude adopter ? Les punir ou les laisser macérer dans leur bouillon d'inculture ?
Au risque de fâcher sa hiérarchie, Franck choisit la ruse. Les élèves font des batailles de sandwiches ? Il les attrape au vol et les mange. Ils n'apportent jamais de mots d'excuses pour leur retard ? Il y voit une occasion de leur enseigner l'écriture en leur faisant rédiger les excuses d'Êve ou de Judas. Ils n'écoutent pas en cours ? Il les intrigue, les étonne, les subjugue grâce à des anecdotes sur son enfance irlandaise, histoires qui vont captiver les élèves les plus rétifs et bouleverser des générations de lecteurs du monde entier.
Alors, moi, jeune prof fraîchement émoulue de l'IUFM, quoi de plus intéressant pour moi que de lire (que dis-je ?) de dévorer ce livre. C'est bizarre comme on peut changer en quelques mois seulement... L'année dernière, j'aurais été tellement prise entre l'IUFM, mes cours de 4ème, ma tutrice (hum... avec qui je m'entendais... pas trop bien...^^') et le forum dont je vous ai parlé au début, qu'il m'aurait été carrément impossible de venir à bout de ce livre. Désormais, je suis libérée (quasiment) de l'IUFM, mais j'effectue un remplacement tous les jours dans un collège qui se situe à plus de 60 km de L'Aigle, j'ai 18h de cours à préparer, je m'occupe de deux 6èmes, une 4ème et une 3ème, j'ai pourtant dévoré ce livre en une semaine. C'est vous dire s'il faut vous précipiter dessus !
Au fil de cette autobiographie, McCourt livre au lecteur ses appréhensions de prof, ses attentes, ses bonnes surprises comme ses désoeuvrements. Ce n'est pas "juste un prof" à qui nous avons à faire, mais bien à l'homme tout entier. Du haut de ma très maigre expérience, je me suis comparée à lui. Ces sentations, ces doutes, chaque prof les connait. Celui qui les nie, se ment à lui-même. Oui, nous voulons leur apprendre quelque chose à ces élèves vautrés sur leurs chaises, qui nous regardent ou non, qui nous écoutent ou non. On se demandera toujours (et je ne pense pas que l'on aura la réponse) si nous sommes de "bons profs", mieux : si "nous les marquerons"... Se diront-ils un jour en repensant aux cours de français (ou d'anglais pour McCourt) combien Mlle B... ou Mr McCourt ont été marquants, combien ils leur ont fait aimer leur matière ? L'enseignement, contrairement à ce qu'on peut encore penser aujourd'hui (ce qu'autrefois je pensais) n'est plus de se comporter en prof distant, dispensant généreusement son savoir aux petits cerveaux ouverts et consentants des élèves dispatchés en rang d'oignons bien attentifs. Une collègue prof de latin me disait : "il faut se faire sexy." Oui, désormais, l'enseignement doit être "sexy", attractif. Il faut savoir se renouveller constamment, rester sur ses gardes, être à l'écoute de ces adultes en devenir et chercher ce qui pourra les toucher.
En tant que prof de français, je dois enseigner aussi bien la littérature que la grammaire, et tout cela doit être "logique", siouplait, tout cela doit être fluide, Comprenez pas ? L'enfant doit trouver ça logique et surtout faut pas dire que la "langue c'est de la grammaire", la grammaire, c'est tabou, on en viendra tous à bout. Les réformes de l'enseignement passent, les profs restent. Enseigner, c'est savoir trouver le juste chemin entre Chrétien de Troyes et Kaamelott. Enseigner, c'est oublier les récitations barbantes des déclinaisons latines pour réussir à faire lire César dans le texte. Enseigner, c'est faire comprendre que tous les français peuvent être utilisés aussi bien le langage soutenu que les gros mots si savoureux. Bon, j'en passe et des meilleures... Ca n'empêchera pas certains élèves de te regarder avec un air de poisson mort, de se balancer sur leur chaise en égrainant les minutes qui les séparent de la sonnerie, seulement quand ceux-là commencent à s'intéresser à ton cours, à te poser des questions : c'est là on l'on se dit que c'est gagné et que c'est le plus beau jour de sa vie.
Lorsque pour la première fois, on m'a demandé ce qu'était pour moi le boulot de prof, j'ai répondu : "C'est un défi." Ca n'a toujours pas changé à mes yeux. C'est un défi de tous les jours, qu'on gagne quelques fois et qu'on perd aussi, un défi contre soi-même, celui d'intéresser et d'apprendre ceux qui se trouvent en face.
Basileus.
04 octobre 2006
Truman Capote, une personnalité.
J'aurais tout à fait pu laisser cet article dans "Autour des frères Lumière", étant donné que mon inspiration, je la tiens du film Truman Capote, avec Philip Seymour Hoffman. Pourtant, je suis sûre que vous ne m'en voudrez pas de le placer dans cette catégorie. Car c'est bien d'un auteur dont je veux parler, plus que d'un film...
Avant toute chose, rendons à César ce qui est à César et parlons de ce film qu'est Truman Capote. Plus qu'une simple biographie, le film se permet de creuser, se s'insunuer dans la personnalité pour la moins hors du commun de Capote. Résistant à la facilité de retracer la vie entière de l'écrivain, le réalisateur se permet de transcender son film au travers de la période clé de la vie de cet homme, celle qui déterminera son destin.
Résumé : Une famille entière est retrouvée assassinée dans une petite ville du Kansas. Truman Capote, journaliste au New Yorker, intrigué par l'affaire, propose de se rendre sur place afin d'écrire un article sur le sujet. Avec son amie Nelle Harper Lee, il se rend donc dans la petite ville de Holcomb pour mener l'enquête et s'imprégner de chaque détail. Intriguant tout d'abord de par ses manières et son allure, l'écrivain devient rapidement le centre d'intérêt de la ville et aide à l'enquête. Les deux assassins sont bientôt retrouvés : Dick Hicock et Perry Smith. Capote est grandement intéressé par la personnalité des deux criminels et voit en eux le potentiel d'écriture d'un nouveau genre de roman : la "non-fiction". De là naîtra son plus grand roman : De Sang froid, qui vaudra à l'écrivain une reconnaissance mondiale...
Il me semble très enrichissant de vous laisser ici le commentaire de JMG Le Clézio sur le roman de Capote :
(Extrait de l’article du magazine-littéraire)
« Et la marge entre le journalisme et le roman n'est pas si grande. Pourtant le livre de Capote n'est pas un reportage. Capote ne s'est pas contenté de suivre une affaire. On peut dire aussi qu'il l'a conçue, orchestrée. Il l'a restructurée. Il l'a démontée et remontée selon une technique tragique qui lui est propre. S'il n'a rien inventé, s'il n'a rien altéré, il a néanmoins inséré l'histoire (son histoire) dans un cadre romanesque, où le temps, l'espace, l'action sont ses propriétés, jouant ainsi finalement un rôle de créateur pur. Ses mots, s'ils n'ont pas trahi, sont des mots qui appartiennent à une oeuvre complète, fermée et indépendante.
À la fin de ce livre épais - 343 pages dans la version originale - la question n'est pas résolue. Pour pouvoir répondre rapidement et sans hésitation, il aurait fallu faire ce que font la plupart des gens devant un forfait semblable : s'indigner un peu en lisant le journal, puis penser à autre chose jusqu'à ce qu'on lise un jour, dans le même journal, que les deux assassins ont été pendus. Mu par un désir irrésistible d'en savoir davantage, Capote a effectué ce long voyage dans l'abîme. Il a suivi la trace des assassins en même temps que la police. Il a enquêté lui-même sur le lieu du drame, il a interrogé des centaines de personnes, visité des centaines de lieux.
Quand les assassins ont été pris, il les a rencontrés, les a aidés, leur a donné de l'argent, a gagné leur amitié. Il les a suivis jusqu'à leur mort, et s'est occupé lui-même de leurs funérailles. Une telle aventure ne peut pas être gratuite. Et c'est là précisément la puissance de ce livre, que de résumer dramatiquement une telle somme d'enseignements et de souffrances. Capote a travaillé sur ce crime scientifiquement, mais il a fait plus qu'un homme de science. Il a fait plus qu'un historien, parce qu'il a vécu cette histoire ; plus qu'un ethnologue, car il a partagé l'aventure de ces hommes ; plus qu'un policier, car il a cherché l'amitié des assassins. De n'importe quelle façon qu'on le considère, roman classique, roman journalistique ou roman expérimental, ce livre est éclatant d'authenticité.
Il n'y a rien dans ces pages de malsain, ni de complaisant - comme il peut y en avoir dans certains reportages à sensation. Capote parvient même à nous faire sentir la monstruosité de cet acte comme quelque chose d'infiniment pitoyable, et il se défend de juger.
Le livre n'apporte pas de réponse. C'est qu'il n'y avait peut-être pas de réponse à cette question que Capote s'était posé, six ans auparavant, en lisant le journal. Six personnes sont mortes, sacrifiées au hasard dans l'immense fourmilière humaine. Mais s'il ne permet pas de comprendre le mystère de ce crime - le mystère de l'homme - à la fois si proche et si effrayant, s'il ne permet pas de juger, d'être en paix dans le bon droit des non criminels, du moins il nous humilie de la façon la plus nécessaire : il nous sonne à comprendre de quoi tout un homme est fait. Il fait du pire assassin un voisin, un frère, nous-mêmes. En nous forçant à revivre heure par heure ce drame réel, en nous impliquant, nous aussi, dans cette sombre aventure qui aurait pu être la nôtre, comme tous les grands artistes de tous les temps, et comme Villon, c'est seulement un peu de pitié que Truman Capote nous demande. »
Je tiens à remercier le site : http://perso.orange.fr/calounet/index.html pour cette citation de Le Clézio.
Je dois bien avouer qu'avant de découvrir le film, je ne connaissais Truman Capote que de nom. Je savais qu'il était un écrivain américain relativement connu en France, point final. Le point très positif de ce film a été de donner envie de découvrir cet auteur vraiment hors du commun.
Né à La Nouvelle Orléans en 1924, Capote n'aura pas eu une enfance très heureuse... Assez rapidement abandonné par sa mère et confié à ses tantes, il part vivre chez sa mère et son beau-père à New-York en 1933. Ayant arrêté les études à l'âge de 17 ans pour travailler au New Yorker, le jeune Capote nage déjà dans l'univers littéraire et publie à l'âge de 24 ans son premier roman. Mais Capote n'est pas seulement connu pour sa plume, il a également une personnalité fascinante : maniéré, petit bonhomme d'1m60 à la voix de bébé, il était connu pour son homosexualité affirmée (ce qui à l'époque était encore intriguant) et son grand sens de la société. Sa mémoire impressionante lui permettait de connaître son interlocuteur, voire de le manipuler à souhait.
L'événement qui viendra bouleverser sa vie entière (et le film le retrace très bien) est l'écriture de son plus grand succès : De Sang froid. Intrigué, fasciné par les deux tueurs Dick Hicock et Perry Smith, Capote entamme une véritable descente aux enfers. Et c'est là tout l'intérêt du film. Attiré par la personnalité de Perry Smith, Capote se rend compte que le tueur est une sorte de face sombre pour lui-même : ce qu'il aurait pu être. Tous deux ont eu la même jeunesse, tous deux ont souffert... Bientôt, une relation d'interdépendance nait : Capote se nourrit de Smith pour le compte de son livre et Smith de Capote comme une sorte de rédempteur. Jamais à aucun moment, le film ne se permet de juger : le spectateur se contente d'observer cette relation auto-destructrice entre ces deux hommes. Je dis dis "destructrice" car Capote souffre. Il souffre de cette quasi mise en abîme de lui-même ; il souffre de ce livre qui ne se termine pas (car pour mettre un point final à son histoire, il faut la mort des tueurs.) et il souffre de cette relation fusionnelle, de cette interdépendance qui fait que la mort des tueurs impliquera nécessairement la mort d'une partie de lui-même. (photo : portrait de Capote par Irving Penn.)
Et c'est tout le génie du film de démontrer ce paradoxe. Tandis que De Sang froid marquera un tournant dans la carrière de l'écrivain, le plaçant au Panthéon des écrivains américaine, on constate qu'il marquera également un tournant dans la vie de Capote. Complètement lessivé, vidé de sa substance par cette lourde expérience, Capote ne terminera aucun autre livre et mourra en 1984 des conséquences de son alcoolisme.
Le film se termine par cette citation de Sainte Thérèse d'Avila : «il y a plus de larmes au ciel sur les prières exaucées que sur celles qui ne le sont pas.»
Pour plus de renseignements sur le film, rendez-vous sur : http://cinemaniac.blogs.allocine.fr/index.blog?blog=cinemaniac&themeID=2005.
Basileus.
25 août 2006
Petit cadeau... ^^
Comme j'ai pu le dire dans l'accueil, ce blog a passé le cap des 1000 visiteurs et pour fêter cela, je vous propose un cadeau dont j'avais le secret... Voici un indice... :
-Vous aurez certainement reconnu George Sand...-
Vous ne voyez toujours pas ?? Bon... Puisque c'est vous, voici le second indice :
-... et voici Musset-
Comme tout le monde le sait, ces deux-là ont eu une liaison. Musset a 23 ans, Sand 29, leur union est passionnée, orageuse, pleine d'amour, d'adoration mutuelle mais aussi de tromperie et de doutes... Mon cadeau se trouve faire partie de leur correspondance, les lettres codées les plus connues de la littérature française !
Lettre de George Sand à Alfred de Musset.
Je suis très émue de vous dire que j'ai
bien compris l'autre soir que vous aviez
toujours une envie folle de me faire
danser. Je garde le souvenir de votre
baiser et je voudrais bien que ce soit
là une preuve que je puisse être aimée
par vous. Je suis prête à vous montrer mon
affection toute désintéressée et sans cal-
cul, et si vous voulez me voir aussi
vous dévoiler sans artifice mon âme
toute nue, venez me faire une visite.
Nous causerons en amis, franchement.
Je vous prouverai que je suis la femme
sincère, capable de vous offrir l'affection
la plus profonde comme la plus étroite
en amitié, en un mot la meilleure preuve
dont vous puissiez rêver, puisque votre
âme est libre. Pensez que la solitude où j'ha-
bite est bien longue, bien dure et souvent
difficile. Ainsi en y songeant j'ai l'âme
grosse. Accourrez donc vite et venez me la
faire oublier par l'amour où je veux me
mettre.
Alors ? ça vous plait ? Vous ne voyez pas ce qu'il y a de si formidable ? Héhé! Voici la clé de lecture... Attention, cela peut choquer la sensibilité des plus jeunes, donc :
INTERDIT AUX MOINS DE 18 ANS ! XD
Pour bien lire, lisez cette lettre une ligne sur deux, ce qui donne : (mettez ces lignes en surbrillance...)
Je suis très émue de vous dire que j'ai
toujours une envie folle de me faire
baiser et je voudrais bien que ce soit
par vous. Je suis prête à vous montrer mon
cul, et si vous voulez me voir aussi
toute nue, venez me faire une visite.
Je vous prouverai que je suis la femme
la plus profonde comme la plus étroite
dont vous puissiez rêver, puisque votre
bite est bien longue, bien dure et souvent
grosse. Accourrez donc vite et venez me la
mettre.
La réponse de Musset est beaucoup plus facile à décoder... ^^
Quand je mets à vos pieds un éternel hommage
Voulez-vous qu'un instant je change de visage ?
Vous avez capturé les sentiments d'un cour
Que pour vous adorer forma le Créateur.
Je vous chéris, amour, et ma plume en délire
Couche sur le papier ce que je n'ose dire.
Avec soin, de mes vers lisez les premiers mots
Vous saurez quel remède apporter à mes maux.
Bien à vous, Eric Jarrigeon
>>> Lisez les premiers mots de chaque ligne...
Et voici la réponse de Sand, très brève, un peu déçue que la réponse de Musset soit si facile à décoder... ^^ (la clé de décodage est la même que celle de Sand...)
Cette insigne faveur que votre cour réclame
Nuit à ma renommée et répugne mon âme.
Pour plus de renseignements, allez sur le site : http://5ko.free.fr/fr/sand.html
Basileus.































